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LES PRIX LITTÉRAIRES DE RADIO-CANADA

Premier prix
Poésie

« COMMENT VOIR LE POISSON ROUGE DANS L’EAU ROUGE DU BOCAL »   (p. 2 de 3)


1   |   2   |   3   |   JUILLET '04


Ceux-là s’endorment le canon dans la bouche
comme au sein de leur mère tu as raison
c’était quand même le printemps
dans nos têtes d’animaux
empaillés.


L’étoile
elle-même
qui nous servait
de guide a perdu son reflet
quelque part dans l’eau malade.


Il nous aurait fallu un peintre pour sceller tout ça
la pluie le sang les larmes gravissant ton cou
jusqu’au grand vide de l’œil trop blanc
avec les paysages d’amour entassés
dans la poussière des marchés
aux puces un peintre oui
pour faire revivre
le raz-de-marée
qui nous a pris
les mots qui
nous a pris.


Une toile
d’araignée
pour se donner
un cœur et retenir
nos visages de couler.


L’énergie paraît-il habite dans les tempêtes
c’est pour ça les lumières de l’orage
les nuits pleines d’assassins pour
ça que nous retournons là-bas
par le même chemin dans
la même souffrance
malgré l’indélébile
amour qu’on
nous a pris

Il faut que le fleuve se poursuive, à perte de vue, à perte de vue même pour les aveugles. Un lit n’a pas de limites. Un fleuve ne connaît pas de frontière.

à nous deux
à nous mille enterrés
vivants pour permettre
au désordre de s’étendre.


De longs fils de métal assemblent nos bouches
mais les jolis mots s’échappent quand même
entre nos dents pleuvent au grand ciel
de vitre les mots-flots sur la chaise
électrique comment dis-moi
comment se noyer dans
si peu d’eau.


Nous enjambons aussi
les blessés car il n’y a rien
d’autre pour nous garder ensemble
nulle part où avancer parmi les enfants bleus
d’avoir trop joué aux immortels et les filles blanches
abandonnées entre les nénuphars il y a des livres noirs
comme seule la mer sait rendre noires les choses et encore
c’est bizarre toutes les faiblesses qui nous habitent en pleine nuit :

Le fleuve majestueux dans la défaite
refait ses vagues et fait l’amour au lit
comme aux plus beaux jours de sa jeunesse
il faut mourir chez soi quand on n’a pas de linceul
dit la rivière en se renversant.


C’est toujours par temps pluvieux qu’on se découvre
une maladie mortelle il y a bien longtemps
que nous avons perdu les couleurs
des voyelles trop longtemps
que ce poème pourrit
dans nos gorges
sèches.


Sèche
la glace
où attendent
les nouveaux hommes
que nous cédions la place
Et tout continue. Continuellement.


Le moindre ruisseau est une peine d’amour
aurons-nous assez de larmes à nous deux
à nous mille dans l’eau rouge du bocal
pour remplir les trous que nous
avons à la place
des yeux ?
                              suite...
1   |   2   |   3   |   JUILLET '04

 


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