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LE STANDARD DE L’AVENIR

Une révolution se prépare en téléphonie. Et les cellulaires n’y sont pour rien.

Texte : DON TAPSCOTT

JUILLET '04


Jusqu’à récemment, téléphoner sur Internet était agaçant. Ça n’emballait que les accros du Web. Les interlocuteurs devaient brancher un écouteur et un micro sur leur ordi. Le son était mauvais, et le décalage rendait la conversation pénible, comme avec les radios à ondes courtes.

Mais la technologie a évolué : le vilain petit canard d’hier se transforme en un cygne qui impressionnera tout le monde. À la maison comme au bureau, le téléphone offrira bientôt d’étonnantes nouvelles possibilités, l’interurbain virtuellement gratuit, par exemple.

Cette technologie s’appelle « voix sur IP » (en anglais, « Voice over Internet Protocol »). On associe en général voix sur IP et interurbains pas chers. Mais il y a plus : l’avenir même des monopoles canadiens de la téléphonie est en jeu. Grâce à ce système vocal sur Internet, les câblodistributeurs pourront offrir le service résidentiel de base (un marché annuel de 5 milliards de dollars) et ainsi concurrencer les compagnies de téléphone.

Avec les nouveaux systèmes de voix sur IP, plus besoin d’être devant l’ordi pour parler à un interlocuteur. On peut maintenant utiliser le téléphone, avec ou sans fil. Il suffit de le brancher à un boîtier qui le relie au fournisseur d’accès Internet haute vitesse. La qualité du son est aussi bonne (sinon meilleure) que ce qu’offre le système traditionnel.

Plusieurs journalistes parlent de « convergence du téléphone et d’Internet », à tort : cela équivaut à rêver de « convergence » entre la poule et le renard. Internet avalera tout simplement la téléphonie traditionnelle. Dans quelques années, toutes les entreprises de téléphone auront remplacé leurs systèmes actuels par cette nouvelle technologie. Bell Canada, par exemple, prévoit que d’ici trois ans tous les appels, sur son réseau, transiteront par Internet. Les câblodistributeurs aussi voient grand. Rogers Communications veut offrir, dès l’été 2005, le service local de téléphonie par câble à 1,8 million de foyers. Cela nécessitera un investissement de plus de 200 millions de dollars.

Les avantages, tant pour les consommateurs que pour les entreprises, seront doubles. D’abord, la concurrence, espérons-le, fera diminuer notre facture mensuelle. Actuellement, les compagnies de téléphone augmentent constamment leurs revenus en nous faisant payer très cher des gadgets comme l’appel en attente, la boîte vocale ou l’afficheur. Même si les entreprises de téléphonie et de câblodistribution éviteront probablement de se lancer dans une guerre totale des prix, elles seront fortement tentées d’offrir gratuitement certains services complémentaires.

Le deuxième avantage concerne le service lui-même. La voix sur IP permet des innovations intéressantes, particulièrement pour les entreprises. Les plus futées se débarrassent déjà de leur vieux réseau téléphonique et le remplacent par un système vocal sur Internet. Pour faire un appel, il suffit d’ouvrir un répertoire téléphonique ou un carnet d’adresses de courriel, de choisir un nom et de le faire glisser sur une icône ! En voyage, on peut programmer le système pour que certains appels soient acheminés au cellulaire, d’autres à la boîte vocale ou à la secrétaire. Que nous soyons à l’hôtel ou dans un café offrant l’accès à Internet, nos interlocuteurs nous imagineront assis à notre bureau. Et, comme ce système est affaire de logiciels, quelques clics suffisent pour en modifier les paramètres.

En matière de service résidentiel, toutefois, il va falloir un peu plus d’efforts pour convaincre les consommateurs des avantages du changement. En général, nous apprécions la compagnie de téléphone avec laquelle nous faisons affaire, et nous savons qu’elle est en mesure de nous fournir un service fiable jour et nuit. Pour le câble, c’est autre chose. L’an dernier, lors de la mégapanne d’électricité qui a touché l’Ontario et le nord-est des États-Unis, les lignes téléphoniques n’ont pas flanché, alors que les câblos ont été mis K.-O. D’ailleurs, les câblodistributeurs consacrent la plus grande part de leurs investissements dans le domaine de la voix sur IP à l’amélioration de la fiabilité de leurs équipements. On peut donc espérer que, pour redorer leur blason, ils vont pratiquer des politiques de prix avantageuses pour les consommateurs, et soigner le service.

De plus, grâce à la voix sur IP, le nombre d’entreprises de téléphonie offrant le service résidentiel sera amené à augmenter. Plus tôt cette année, la U.S. Federal Communications Commission a donné le feu vert à un projet pilote qui consiste à fournir l’accès Internet au moyen du réseau électrique. Et la technologie qui permet l’accès sans fil à Internet haute vitesse dans les foyers ne cesse de se perfectionner.

Plus on est de fous, plus on rit. Dans le passé, les monopoles canadiens de la téléphonie ont bâti l’un des meilleurs systèmes du monde. À l’époque, le monopole était un modèle économique souhaitable. Aujourd’hui, c’est la concurrence qui permet aux entreprises de mieux répondre à l’appel. [ ]


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JUILLET '04
 


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