ENROUTE TV
  ENROUTE FM
  MEDIA KIT
  AIR CANADA
  LIENS

  DIRECTIVES
  AUX AUTEURS



  


PIGNONS SUR ROUTE   (p. 3 de 3)

1   |   2   |   3   |   JUILLET '04


EMBRAYAGE

Les architectes sont aujourd’hui plus nombreux à voir l’autoroute comme un atout plutôt qu’un inconvénient. Prenons l’exemple du Centre universitaire de santé McGill, ce mégahôpital groupant des installations de recherche, d’enseignement et de traitement des malades, dont la construction est projetée le long d’une autoroute montréalaise. « L’architecture doit éviter la nostalgie d’une époque où la ville n’était que rues, parcs et piétons, dit Louis Lemay, de Lemay et associés, cabinet d’architectes montréalais qui pilote le projet. Aujourd’hui, il y a des autoroutes et il faut en tenir compte. »

Pour Lemay, les avantages de l’autoroute sont notamment la visibilité, l’accès facile et l’image de marque. Le centre de recherche ira en façade ; non seulement témoignera-t-il de l’importance de la recherche médicale, mais il servira de barrière antibruit et antipollution pour les zones plus sensibles réservées aux malades. L’élévation donnant sur l’autoroute sera mégadimensionnée, mais l’arrière sera humain et piétonnier. Les lignes de vue ont été soigneusement calculées en fonction de la vitesse et de la position des véhicules. La structure basse aux lignes épurées fait penser à un gratte-ciel, symbole par excellence du progrès et du commerce, mais couché à l’horizontale, dans le même axe que l’autoroute elle-même. Le projet est résolument urbain, et d’une grande beauté.

Si cette architecture se prête bien aux immeubles publics et commerciaux, qu’en est-il du secteur résidentiel ? Certains projets urbanistes, comme la petite ville de Seaside, en Floride, choisissent de nier l’importance de l’auto dans la vie contemporaine, reviennent aux vérandas classiques et aux squares accessibles à pied, et relèguent la voiture aux ruelles. Plus réaliste et nettement plus intéressant, le projet de snelweghuis (ou maisons routières), lancé en 2001 à l’occasion d’un grand concours d’architecture du ministère des Transports et des Travaux publics des Pays-Bas, pays où l’espace est restreint, repose plutôt sur le principe que, l’autoroute étant là pour rester, mieux vaut s’y adapter avec élégance. Il en est résulté un livre, The Motorway House : Living in the Fast Lane, qui pose la question : « Ne vaut-il pas mieux intégrer les quartiers résidentiels au réseau routier plutôt que de les cacher derrière des parois antibruit ? » Parmi les 82 projets soumis, on note un îlot résidentiel logé entre les 2 voies d’une autoroute et des rangées de faux arbres en forme de ballon pour remplacer les murs déflecteurs. Coup d’œil prospectif sur un avenir dans lequel l’espace rural aura cessé de séparer les secteurs urbains, et où l’architecvoiture sera reine.

SOUS LE CAPOT

La nouvelle architecture autoroutière révèle notre obsession pour la vitesse et la mobilité, mais nous apprend-elle autre chose sur ce que nous sommes ? Pour Tom Lewis, l’architecture traditionnelle mettait en valeur l’ornementation et le souci du détail, mais il en va tout autrement de l’architecvoiture : « Ces formes massives et dépouillées témoignent de notre rapport au territoire et à la vie urbaine, rapport qui se révèle faux, axé sur l’image et le décoratif. »

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à se reporter au monument de la rivière Platte. Un demi-siècle après sa construction, ce faux pont couvert ne menant nulle part aura sans doute l’air tout aussi déphasé que les ciné-parcs et les restauvolants des années 1950 au même âge. [ ]


VOS COMMENTAIRES > lettres@enroutemag.net

1   |   2   |   3   |   JUILLET '04

 


© 2004 enRoute est publié mensuellement par Spafax Canada In. Tous droits réservés. ENGLISH