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PIGNONS SUR ROUTE  (p. 3 de 3)
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EMBRAYAGE
Les architectes sont aujourdhui plus nombreux à voir lautoroute comme un atout plutôt quun inconvénient. Prenons lexemple du Centre universitaire de santé McGill, ce mégahôpital groupant des installations de recherche, denseignement et de traitement des malades, dont la construction est projetée le long dune autoroute montréalaise. « Larchitecture doit éviter la nostalgie dune époque où la ville nétait que rues, parcs et piétons, dit Louis Lemay, de Lemay et associés, cabinet darchitectes montréalais qui pilote le projet. Aujourdhui, il y a des autoroutes et il faut en tenir compte. »
Pour Lemay, les avantages de lautoroute sont notamment la visibilité, laccès facile et limage de marque. Le centre de recherche ira en façade ; non seulement témoignera-t-il de limportance de la recherche médicale, mais il servira de barrière antibruit et antipollution pour les zones plus sensibles réservées aux malades. Lélévation donnant sur lautoroute sera mégadimensionnée, mais larrière sera humain et piétonnier. Les lignes de vue ont été soigneusement calculées en fonction de la vitesse et de la position des véhicules. La structure basse aux lignes épurées fait penser à un gratte-ciel, symbole par excellence du progrès et du commerce, mais couché à lhorizontale, dans le même axe que lautoroute elle-même. Le projet est résolument urbain, et dune grande beauté.
Si cette architecture se prête bien aux immeubles publics et commerciaux, quen est-il du secteur résidentiel ? Certains projets urbanistes, comme la petite ville de Seaside, en Floride, choisissent de nier limportance de lauto dans la vie contemporaine, reviennent aux vérandas classiques et aux squares accessibles à pied, et relèguent la voiture aux ruelles. Plus réaliste et nettement plus intéressant, le projet de snelweghuis (ou maisons routières), lancé en 2001 à loccasion dun grand concours darchitecture du ministère des Transports et des Travaux publics des Pays-Bas, pays où lespace est restreint, repose plutôt sur le principe que, lautoroute étant là pour rester, mieux vaut sy adapter avec élégance. Il en est résulté un livre, The Motorway House : Living in the Fast Lane, qui pose la question : « Ne vaut-il pas mieux intégrer les quartiers résidentiels au réseau routier plutôt que de les cacher derrière des parois antibruit ? » Parmi les 82 projets soumis, on note un îlot résidentiel logé entre les 2 voies dune autoroute et des rangées de faux arbres en forme de ballon pour remplacer les murs déflecteurs. Coup dil prospectif sur un avenir dans lequel lespace rural aura cessé de séparer les secteurs urbains, et où larchitecvoiture sera reine.
SOUS LE CAPOT
La nouvelle architecture autoroutière révèle notre obsession pour la vitesse et la mobilité, mais nous apprend-elle autre chose sur ce que nous sommes ? Pour Tom Lewis, larchitecture traditionnelle mettait en valeur lornementation et le souci du détail, mais il en va tout autrement de larchitecvoiture : « Ces formes massives et dépouillées témoignent de notre rapport au territoire et à la vie urbaine, rapport qui se révèle faux, axé sur limage et le décoratif. »
Pour sen convaincre, il ny a quà se reporter au monument de la rivière Platte. Un demi-siècle après sa construction, ce faux pont couvert ne menant nulle part aura sans doute lair tout aussi déphasé que les ciné-parcs et les restauvolants des années 1950 au même âge. [ ]
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