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PIGNONS SUR ROUTE
Pensée pour lautomobiliste et résolument urbaine, larchitecture autoroutière émerge enfin de son âge de pierre.
Texte : CHARLENE ROOKE
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Dans le film Monsieur Schmidt, Jack Nicholson, au volant de son énorme motorisé, quitte lautoroute 80 pour aller se garer près du monument de la rivière Platte, à Kearney (Nebraska). Structure gigantesque, impossible à rater dans le paysage parfaitement plat, ce monument est constitué dun musée en bois rond flanqué de deux immenses tours soutenant une plateforme dacier longue de un kilomètre qui a toutes les allures dun pont couvert.
Ni pont ni passerelle, ce colosse vieux de quatre ans na dautre vocation que dattirer les automobilistes. Sa particularité ? Il est conçu pour être vu de lautoroute à bord dune voiture lancée à 120 km/h.
Une architecture nouvelle voit le jour le long de nos routes. Non, pas loie géante de Wawa (Ontario), la piste datterrissage pour ovnis de St. Paul (Alberta), les grands parkings étagés, les stations-service ou les grandes surfaces des banlieues-dortoirs. « Il y a un monde de différence entre les structures qui veulent attirer lautomobiliste, comme celles dIkea et de McDo, et larchitecture qui cherche à sintégrer dans le paysage autoroutier », dit Jonathan Bell, auteur du livre Carchitecture : When the Car and the City Collide. Pour Bell, cette architecture nouvelle se caractérise par des « immeubles qui sassument avec intelligence et panache au lieu de sombrer dans la médiocrité et le pastiche ». Mais, quand je lui demande des exemples, il sembrouille.
Nous vivons bien à lère de l« architecvoiture ». La plupart de nos immeubles étant désormais vus et appréciés depuis un véhicule en mouvement, de nouvelles structures viennent sintégrer brillamment à leur environnement autoroutier. Que ce phénomène ait lieu alors que la voiture hybride côtoie le VUS avide dessence montre que notre rapport à lautomobile est plus ambivalent que jamais.
DANS LE RÉTROVISEUR
En 1956, le centre technique de General Motors à Warren (Michigan), dessiné par Eero Saarinen, avait des allures futuristes, rappelait récemment un ancien employé dans les pages de Metropolis. Pour les automobilistes des environs de Detroit, cette tour plantée au milieu dun lac artificiel et ces bâtiments aussi multicolores quun paysage dautomne représentaient un premier cas darchitecvoiture. Au même moment, dans lhémisphère sud, les architectes Oscar Niemeyer et Lúcio Costa terminaient Brasília, nouvelle capitale du Brésil, aux rues larges, souvent sans trottoir, symboles dune ville, la première au monde, construite en fonction de lautomobile.
Mais la culture de lautomobile était alors bien différente. Les voitures étaient réservées à lélite et servaient à fuir la ville. La Merritt Parkway, au cur du Connecticut rural (« la plus belle autoroute daccès limité jamais construite », selon Bruce Radde, auteur de The Merritt Parkway), était ornée de 68 ponts décoratifs et ses abords étaient si bien aménagés quil fallut y interdire les pique-niques. Cétait, dit Radde, une route « conçue pour mettre en valeur le plaisir de conduire ».
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