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UN TIGRRRE DANS LE MOTEUR

Carrosserie repeinte, cylindrée trafiquée, look d’enfer. Grâce au tuning, n’importe qui peut transformer sa bagnole en bolide.

Texte : STEVE BURGESS

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John a subi récemment un grave accident de voiture. Pas surprenant, quand on sait que John est un « préparateur » (ou, si vous préférez, un amateur de tuning) : il s’amuse à gonfler des moteurs, à transformer des voitures de série en véhicules uniques, véritables œuvres d’un style très personnel. Des films comme Rapides et dangereux et Impact fatal ont brossé un portrait du monde des préparateurs, les présentant comme des dingues motorisés totalement indisciplinés. Réalité ou fiction ?

John n’est pas Vin Diesel. L’accident qu’il a eu s’est produit à une intersection tout à fait ordinaire, et c’était la faute de l’autre conducteur.

Le tuning a de plus en plus la cote, et pas juste à cause de Vin. On ne compte plus les photos du comédien Ashton Kutcher portant une casquette avec l’insigne de Von Dutch, artiste californien de hot rods des années 1950. Au dernier Super Bowl, les pubs d’AOL.com mettaient en vedette les Teutul, la famille de fabricants de motos de la populaire émission de téléréalité American Chopper, de Discovery Channel. D’autres émissions, comme Rides et Overhaulin’, de TLC, American Hot Rod, de Discovery, Tencrows Driving Television, de Global, et Zone tuning, de RDS, profitent aussi du phénomène pour engranger les dollars. Des magazines, tels Québec Tuning, publié à Montréal, et Sport Compact National, à Toronto, en font tout autant. On trouve aussi sur des sites Web très courus, comme celui de Sport Compact National, la liste des clubs de tuning canadiens (de l’Edmonton Prelude Club au Maritime Regional Neon Club, en passant par le Club Hyundai Québec) et celle des salons de l’auto organisés d’un océan à l’autre.

À peu près tout le monde semble donc vouloir jouer sous le capot. Selon un récent sondage, presque 40 % des conducteurs canadiens de 18 à 29 ans (près de 50 % chez les hommes) ont déjà modifié leur voiture d’une façon ou d’une autre, dépensant en moyenne 2 800 $. Il y a donc un marché attrayant, et les fabricants d’automobiles ont flairé l’affaire. Toyota, par exemple, a lancé l’an dernier la Scion xB, une voiture qui cible les préparateurs, avec une vaste gamme d’accessoires pour la personnaliser. BMW, avec la M3, et Subaru, avec la WRX STi, proposent des véhicules haut de gamme auxquels on a, pour répondre à la folie du tuning, apporté plusieurs modifications qui en augmentent la performance. Qu’on modifie les voitures pour en changer l’apparence ou pour les rendre plus performantes, il s’agit toujours de tuning.

Pas de doute, donc, faire du tuning, c’est in… Mais qu’en est-il de la sous-culture marginale qui a vu naître le phénomène ? N’est-ce pas Johnny Rotten qui disait que le mouvement punk est mort quand les branchés de la mode ont commencé à porter des épingles de sûreté ? En fait, les passionnés de tuning refusent d’admettre qu’ils ont été « récupérés ». « [Ils] ont toujours entretenu des relations compliquées avec le reste de la société, dit le journaliste automobile torontois Laurance Yap. Ce mouvement comporte un aspect déviant, hors-la-loi, qui attire les jeunes qui tentent de se faire une place dans la collectivité. »

Pour rencontrer certains de ces « déviants », je me rends au Shark Club Sports Bar & Grill, à Langley, en banlieue de Vancouver : Kyle L., Aaron B., Patrick M., Steve B. et Tamer S. (pas de nom de famille, SVP, nous sommes hors-la-loi). Aaron et Patrick ont des motos, et les autres roulent en Mustang. Ces gars ne jurent que par leurs machines, et ils ont quelques comptes à régler avec l’image véhiculée par un film comme Rapides et dangereux.

« J’ai ri, lance Aaron, âgé de 22 ans, quand j’ai vu des voitures passer en sixième ou septième vitesse. » Tamer ajoute, en parlant du héros du film : « Il perd ses pédales ! Vous avez déjà vu ça, vous ? »

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