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DÉPÊCHE D'AUSTRALIE:
UNE OASIS DANS LE DÉSERT (suite)
Finalement, il me laisse entrer et tandis que les deux hommes séchangent les dernières nouvelles, je circule un peu dans la maison de béton. La pièce commune est vide à lexception de quelques chaises de jardin brisées, dun téléviseur et de matelas souillés. Sur le comptoir de la cuisine, japerçois la cage thoracique sanglante dune vache. À mon grand soulagement, je vais passer la nuit à lextérieur, comme bon nombre dhabitants de Yuendumu, qui préfèrent dormir dans des humpies (abris traditionnels) ou sur un lit de camp dans la cour.
Eddie annonce quil veut me montrer quelque chose. Nous montons à bord de nos véhicules à quatre roues motrices et nous nous dirigeons dans un secteur densément boisé jusquà une clairière semée de tombes marquées par des bouts de bois. « On naime pas enterrer nos gens en ville, mapprend-il fièrement. Surtout les vieux. On les ramène ici. Sur leurs terres. Dans leurs rêves. Cest beaucoup mieux comme ça. » Tout près, il y a une cabane de tôle. Cest ici quils amènent les enfants pour les laisser courir dans les collines, se baigner dans les marres deau, chasser le kangourou et le varan.
Au retour, on constate que Gordon, le fils de George, nous a préparé à manger. Je mefforce doublier ce que jai vu plus tôt dans la cuisine, et ça marche! Les côtelettes dagneau sont excellentes. Le reste de la soirée est un tourbillon dactivités, car tout le village vient faire son tour pour voir « lhomme blanc ». Malgré des conditions de vie tiers-mondistes (du point de vue occidental), tout le monde a lair plus heureux ici quà Alice, où lalcoolisme est un fléau. À Yuendumu, ils semblent vraiment avoir trouvé la liberté. Cest peut-être ce que voulait dire Eddie quand il parlait des journos qui « ne comprennent pas ».
Le lendemain, je méveille au son des jappements aigus des chiots, de la toux de George et du bruit que fait Eddie, en ramassant les déchets pour les faire brûler. Au magasin général, où nous sommes allés faire le plein, je découvre quil ne me reste presque plus dargent. Je le dis à George, qui scrute le ciel et mannonce quil faut rentrer. Je proteste mais George ne veut rien entendre.
Nous nous dirigeons donc vers Alice. Et comme prévu, une pluie torrentielle se met à tomber. Le lendemain matin, la Tanami est impraticable. Un jour de plus et nous serions restés bloqués à Yuendumu. Contrairement à George, javais oublié lavertissement de la vieille femme. Mais après ce bref séjour dans le désert, je commençais à comprendre ses habitants du moins un peu. [ ]
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