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DÉPÊCHE D'AUSTRALIE:
UNE OASIS DANS LE DÉSERT


Texte: JOSHUA OSTROFF


Vêtu d’un vieux pantalon d’habit incrusté de terre rouge et d’une chemise qui a jadis possédé un col boutonné, le vieil autochtone à barbe blanche s’approche du groupe assis par terre en demi-cercle. Son visage ridé et buriné par le soleil se fend d’un large sourire qui laisse paraître quelques dents jaunes. Il brandit un gros varan et le lance fièrement dans la poussière.

Un jeune homme me fait signe: « Ça goûte le poulet, » précise-t-il en se frottant le ventre. Des chiens affamés rôdent autour tandis qu’une vieille femme, dans une robe d’été trop grande qui laisse voir la peinture blanche appliquée sur son corps, entreprend d’éviscérer le lézard mort.

Une autre vieille femme, tout en s’exprimant dans un mélange de warlpiri et de gestuelle traditionnelle, se met à tracer des lignes dans le sable. Elle explique que les Walmajarri, une tribu de l’ouest de l’Australie, ont « mangé les œufs du serpent et fabriqué la pluie. » Je lève les yeux, mais je ne vois que du bleu.

Je suis venu à Alice Springs découvrir les aborigènes d’Australie autrement que sous le jour des boutiques de souvenirs et d’artisanat. Je savais qu’Alice était le centre de leur pays, mais j’en cherchais le cœur.

Si les premiers habitants de ce pays insulaire ont subi les affres du colonialisme, ceux du Territoire du Nord, gens du désert, s’en seraient mieux sortis. Mais rares sont les voyageurs qui réussissent à pénétrer chez eux sans entremetteur. Le mien s’appelle George.

George Jampijinpa Robertson et sa femme Monica ont grandi dans le petit village désertique de Yuendumu, mais sont installés à Alice depuis des années. Ils gagnent leur vie en faisant des danses traditionnelles et de la peinture en pointillé pour les touristes. Quand j’ai dit que je m’intéressais au mode de vie actuel des aborigènes, George a offert de m’emmener au village de son enfance, situé à 300 kilomètres plus loin.

Nous longeons les monts MacDonnell et empruntons la Tanami Track, un chemin de terre qui avance en terrain plat. George me montre la piste qu’il suivait enfant lorsqu’il conduisait des bestiaux vers Adelaide. Plus tard, il est devenu éleveur mais a abandonné ce travail pour faire des études. Il a publié, par la suite, le premier dictionnaire de warlpiri et donné des conférences dans de grandes universités américaines, notamment au MIT. Mais c’était il y a longtemps.

Avec ses quelque 1 000 habitants, Yuendumu a l’air d’un camp de réfugiés à demi abandonné. La tribu nomade des Warlpiri parcourait autrefois tout le désert, mais de longues sécheresses et un gouvernement contrôlant l’ont incitée à s’établir à Yuendumu en 1946, sous « supervision » fédérale. Il a fallu 20 ans pour que les Warlpiri prennent le contrôle de leur communauté.

George nous conduit à travers un labyrinthe de sentiers non balisés jusqu’à la maison de son frère Eddie, l’adjoint au chef du village. Nous nous arrêtons dans une cour jonchée de carcasses de voitures et de détritus de toutes sortes.

Un homme aux cheveux frisés, portant une camisole à l’effigie de Che Guevara, vient vers George et lui offre un accueil chaleureux. Mais il demeure distant envers moi. « Qu’est-ce que vous faites ici? me demande-t-il. On a eu des problèmes avec les journos (lire: journalistes). Ils ne comprennent rien. »

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