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À MOI LE WEEK-END!

Qu'est-il advenu de nos week-ends d'antan? Où sont passés nos beaux samedis et dimanches ensoleillés? De ces jours bénis, nous conservons les souvenirs les plus précieux. Pour les uns, il s'agit des dessins animés qu'on regardait à la télé. Pour les autres, c'est la promenade dominicale en voiture sur les routes de campagne. Pour d'autres encore, ce sont les baignades dans les eaux rafraîchissantes d'un lac. La fin de semaine, cette plage de liberté qui, hier encore, permettait de nous soustraire à nos obligations, suscite aujourd'hui des images d'une autre nature: stress, course folle, corvées... Pris dans le tourbillon de la vie, nous n'avons que nous-mêmes à blâmer: nous avons placé le travail au centre de notre quotidien, négligeant ainsi la détente, les activités ludiques - le plaisir, quoi!

Mais pourquoi ne pas repenser notre emploi du temps? À nous de dire: « Stop! Ça suffit, nous voulons ravoir notre week-end! ». À nous de prendre le temps qui nous revient de droit pour faire ce qui nous plaît. Peu importe ce qui nous allume, l'important, c'est de nous amuser. Allons-y, faisons-nous plaisir. Reprenons en main ce week-end qui est le nôtre.


LE PARADIS DURE DEUX JOURS
Mais attention: le week-end, censé assurer le salut, se rapproche de l'enfer.

Texte: SERGE BOUCHARD

Me voilà, en plein week-end, en train d'écrire cet essai sur le week-end. Entre travail et repos, la frontière s'estompe graduellement, elle s'efface. Le temps est devenu un courant continu dont l'énergie nous emporte. Nous parlons beaucoup de nos week-ends, nous y tenons, les chérissons et les anticipons. Mais nous sommes submergés par une vague qui mélange tout. Nous avons l'impression d'être brassés et lessivés sans savoir quand cela va s'arrêter. Le week-end est tout ce qu'il nous reste, un petit entre-deux de bonheur et de joie, de repos et de liberté. Cependant, ce trésor est à risque. La vague vient souvent jusque-là, elle vient mourir dans nos derniers retranchements.

J'entends le discours d'un vieux philosophe micmac, malheureusement anonyme, qui observait les pêcheurs européens dans le golfe du Saint-Laurent, il y a de cela plus de 400 ans. Il disait: « À vous voir ainsi vous échiner, prendre des risques pour traverser l'océan, vous faire mourir à la tâche, travailler sans cesse, loin de vos familles et de votre pays, je doute que votre monde soit meilleur que le mien. » La remarque a du sens, à des siècles de distance. Tout ce temps que l'on passe à l'ouvrage ne nous sera jamais rendu. Le temps est un maître terrible qui se fout entièrement de nos agendas. Le vieil Indien parlait du temps perdu, dans le tournoi de nos voyages d'affaires, dans le défilé de nos missions urgentes, dans le train de nos courses.

Les loups ne savent pas que c'est aujourd'hui samedi, les orignaux ne se reposent pas en fin de semaine et ce sont les humains qui ont fait dire à Dieu que le dimanche était jour de repos. L'idée de diviser la semaine en sept jours bien comptés est une idée parmi d'autres. Et personne n'a jamais dit qu'elle était bonne. La semaine est une invention, le week-end est une convention. Mais ces deux jours sont mentalement très importants. Il nous suffit de savoir qu'ils existent. Comme la terre promise, à laquelle il suffit qu'elle nous soit promise.

L'anthropologue Marshall Sahlins disait qu'une société qui parle beaucoup de bonheur doit être une société bien malheureuse ; nous pourrions aussi dire qu'une société qui attache une grande importance au week-end doit avoir de gros problèmes avec sa semaine. Jamais n'avons-nous tant aspiré au repos depuis que nous travaillons comme des malades. Oui, le travail est notre maladie, le travail est l'essentiel de notre vie et nos professions nous déforment.

Pour cinq jours de misère, j'en prends deux pour me refaire. Deux petits jours coincés entre des tonnes de pression et d'ouvrage. Ce classement curieux vient de l'importance démesurée que nous accordons au travail. Le week-end est le nouveau commandement de la religion moderne: l'économisme. Je récupère pour mieux me dépenser. En cela, les week-ends sont devenus des épreuves psychologiques.

Arrêter et repartir est un grand art. Il faut savoir faire le vide d'un seul coup, vendredi à la fin de la journée, oublier totalement ce qui nous a occupés pour ne pas dire obsédés durant la semaine, afin de profiter pleinement de nos loisirs de fin de semaine. Puis le dimanche soir, c'est fini, autre coupure, on se remet soudainement en mode boulot. Cet exercice est exigeant et probablement contre nature.

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