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VACANCES URBAINES
Texte: MIREILLE SILCOFF
J'ai mis du temps a comprendre que le genre dce vacances que je prefere est un peu demode.
Alors que mes parents partent allègrement pour la Thaïlande ou les forêts tropicales du Costa Rica, moi, j’ai toujours aimé les vacances urbaines, qui avaient la cote avant que la fièvre du lointain et de l’ardu s’empare de l’Occidental prospère.
J’aime les vacances que nous montrent les films des années 1950 : on partait avec un jeu de valises assorties, on s’amusait à dénicher un petit café sympa, on magasinait pour s’acheter des robes et on se changeait le soir pour aller au restaurant.
Vous me direz que je manque d’esprit d’aventure ? Je vous répondrai : pourquoi un voyage doit-il être une aventure ? La vie ne l’est-elle pas déjà assez ?
Quand même, il y avait un soupçon d’aventure dans l’idée d’aller passer des vacances à Melbourne. L’Australie un pays si grand qu’il est un continent à lui seul est très loin de mon Montréal natal, et il y a quelque chose de délicieusement pervers à se taper 22 heures de vol et à changer de date en chemin, à seule fin de ne pas voir les forêts pluviales du Queensland, de ne pas explorer l’immensité de l’arrière-pays australien et de ne pas découvrir les splendeurs de la Grande Barrière.
Mais le plus fou, c’était de vouloir passer des vacances dans une ville australienne autre que Sydney. Melbourne est connue dans le monde entier pour son Grand Prix et son Australian Open, elle est presque aussi peuplée que Sydney (600 000 de moins que les 4 millions de Sydney), mais c’est Sydney, métropole de l’Australie, qui est réputée l’équivalent austral de Londres ou de Paris surtout depuis les Olympiques de 2000. J’ai donc atterri dans la ville « numéro deux » d’Australie, mais en tenant de source sûre qu’elle offrait quelque chose que la rutilante Sydney n’avait pas : de la classe.
Je suis descendue dans un hôtel charmant, le Prince à St. Kilda, l’une des « banlieues » riveraines les plus anciennes de Melbourne. À Melbourne, on nomme banlieue, plutôt que ville, quartier ou arrondissement, toutes les zones situées hors du quartier des affaires. Quand je suis arrivée à St. Kilda après avoir traversé un pont qui semblait construit avec un gigantesque jeu de bâtonnets multicolores , les cafés peuplés de gens bien bronzés et court vêtus se sont soudainement multipliés. « Vous n’avez encore rien vu, m’a dit la jeune fille au comptoir d’accueil du Prince. Déposez vos valises et allez petit-déjeuner rue Acland. Vous verrez ce qui fait le charme de Melbourne. Nous menons la vie de café, ici ! »
Je suis sortie en me disant : mais qui parle comme ça, de nos jours ? La « vie de café » ! Pourtant, la réceptionniste n’était pas snob pour un sou. Ça a été mon premier contact avec le charme de Melbourne : du raffinement, sans la moindre prétention. Ce n’est pas si courant.
L’idée d’aller petit-déjeuner me souriait. Pour découvrir une ville, cet humble repas est un puissant révélateur. Quand on prend le petit-déjeuner à 10 heures, et que les cafés sont pleins, c’est qu’on est dans une ville où les gens savent vivre.
Mais rien ne m’avait préparée à la rue Acland, au cœur de St. Kilda l’ancien ghetto juif de Melbourne. Dans cette rue réputée pour ses pâtisseries et ses confiseries, où les vitrines regorgent de gâteaux de toutes les formes et de toutes les couleurs une image sortie tout droit d’un livre pour enfants ! , des tables et des chaises sont disposées partout sur les trottoirs, et des gens en âge de travailler sirotent un latte en se faisant dorer au soleil. Pas une seule place libre.
Je demande à la top model longiligne derrière le comptoir du Monarch Cake Shop, une petite pâtisserie au charme délirant, ce qui se passe au juste. « C’est lundi, d’où sortent tous ces gens ? C’est un jour férié ? »
« Vous voyez Sarah, là-bas ? Elle est architecte. Et le gars aux cheveux platine, à côté d’elle, travaille dans une banque et s’occupe de placements », répond-elle.
« Et pourquoi ne sont-ils pas au travail ? »
« Parce qu’ils sont en train de prendre un café ! » réplique-t-elle, comme si c’était la seule explication sous le soleil.
Voilà le genre de propos déroutants qu’on vous sert partout dans les banlieues de Melbourne, car les gens sont si solidement ancrés dans le moment présent qu’ils vous jettent un regard incrédule si vous leur demandez pourquoi ils vivent comme ils le font.
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