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TABLE DE MULTIPLICATION
La technologie a peut-être fait du chemin, mais vous navez encore rien vu.
Texte: DON TAPSCOTT
JAN
Nous serons éblouis par toutes sortes de nouvelles technologies en 2004, mais cest en 2005 quIntel présentera une réalisation vraiment incroyable : un microprocesseur contenant près dun milliard de transistors.
Après des décennies de doublement et de redoublement, nous faisons maintenant des pas de géant dans tous les aspects des technologies de linformation. Vous voulez un exemple ? En 1998, les premiers lecteurs MP3 contenaient moins dune douzaine de chansons. Aujourdhui, liPod de 30 gigaoctets est capable den emmagasiner des milliers ; bientôt, ce sera des dizaines de milliers.
Linventeur et auteur américain Ray Kurzweil affirme que la technologie informatique entre dans ce quil appelle « la deuxième moitié de léchiquier », en référence à lhistoire de lempereur de Chine qui aimait tant le jeu déchecs quil avait offert à son inventeur de satisfaire tous ses désirs. Celui-ci ne demanda que du riz.
« Je voudrais un grain de riz sur la première case de léchiquier, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite jusquà la dernière case. » Lempereur sempressa daccepter, pensant que tout cela ne représenterait que deux ou trois sacs de riz.
Il aurait dû faire quelques calculs. Bien que limité au début, le nombre de grains de riz par case dépasse les 2 milliards à la moitié de léchiquier. La dernière case contient 9 milliards de milliards de grains de riz, assez pour couvrir toute la planète.
En matière de technologie, nous en sommes aujourdhui à la moitié de léchiquier. Le premier microprocesseur produit par Intel en 1971 contenait 2 300 transistors. Depuis, tous les 18 mois environ, on développe une nouvelle puce qui contient deux fois plus de transistors que la précédente. Lan dernier, cétait 500 millions. Lan prochain, on atteindra le milliard.
Préparez-vous à une époque passionnante. En 1982, à cause de son impact immense sur la société, lordinateur a été choisi « personnalité de lannée » par le magazine Time. Mais les changements considérables des 22 dernières années, tout radicaux quils aient été, ne soutiennent aucune comparaison avec ce qui se passera dici cinq ans.
Plusieurs des changements les plus importants viendront de lincursion dInternet dans tous les aspects de notre vie. Pendant quIntel développe des processeurs plus performants, des fabricants plus modestes produisent de minuscules puces informatiques. Bientôt, il y aura de ces puces dans à peu près tout ce que nous verrons ou toucherons, et elles communiqueront entre elles par Internet. Ce quon pourrait appeler le « réseau universel » entraînera des hausses de productivité sans précédent dans la fabrication, le transport, les communications, les soins de santé et bien dautres secteurs dactivité.
Les responsables du réseau Internet tentent désespérément de mettre à jour leur équipement pour pouvoir faire face aux billions dobjets qui seront bientôt en ligne. Comme les compagnies nord-américaines de téléphone qui sont de plus en plus à court de numéros, le réseau Internet actuel ne peut accommoder que 4,7 milliards dobjets différents ; le nouveau système, appelé IPv6, acceptera 340 milliards de milliards de milliards de milliards dadresses.
Une des conclusions les plus frappantes quon peut tirer des nombreuses études publiées pour marquer le début du nouveau millénaire est que lidée de progrès est somme toute assez nouvelle. Il y a 200 ou 300 ans, les gens ne sattendaient pas à ce que la société change de leur vivant.
Enfant, je me souviens dêtre allé à lExposition nationale canadienne voir les derniers développements de la technologie, comme les réfrigérateurs verts avec machine à glaçons intégrée. À cette époque, on pouvait se mettre à jour une fois lan, ce qui paraît plutôt étrange aujourdhui.
Si le progrès atteint des vitesses vertigineuses, notre monde nouveau nest pas à labri des critiques. En avril 2000, Bill Joy, alors directeur scientifique chez Sun Microsystems, a publié dans la revue Wired un article intitulé « Pourquoi lavenir na pas besoin de nous », dans lequel il annonce de grands dangers et prédit que la technologie pourrait nous diriger et non plus nous servir. Je ne partage pas son pessimisme, mais je crois que nous devons être à laffût des menaces que posent les technologies nouvelles.
De plus, tout en continuant daller de lavant, nous devrions reconnaître que la grande majorité de la population mondiale ne nous suit pas. Des milliards dhommes et de femmes nont jamais téléphoné et encore moins utilisé un ordinateur. Ils ne peuvent même pas compter sur une alimentation régulière en eau potable. Alors que nos technologies se développent à un rythme grandissant, nous devrions nous engager à les rendre accessibles au plus grand nombre.
Je reste tout de même optimiste. Les nouvelles technologies sont porteuses dénormes possibilités pour la société et, comme le modèle de léchiquier nous permet de le constater, ce nest quun début. [ ]
Don Tapscott vient de publier (avec David Ticoll) : The Naked Corporation: How the Age of Transparency Will Revolutionize Business.
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JAN
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