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FRISSONS GARANTIS?   (p. 2 de 3)

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Nous l’avons d’abord aperçue au coucher du soleil. Le ciel, à l’ouest, était strié d’orangé et de rose, sur fond de bleu nuit ; le cube illuminé et brillant se tenait devant nous telle la stèle du film 2001 : L’odyssée de l’espace. Pour entrer dans Oblong Voidspace, il fallait traverser une porte, descendre quelques marches… et on se retrouvait soudain dans ce qui n’avait rien de la boîte carrée qu’on avait imaginée : elliptique, la forme gracieuse attirait l’œil vers le ciel et devait, c’est du moins ce qu’espéraient les créateurs, ouvrir une fenêtre sur Rovaniemi à mesure que la glace fondrait.

Rovaniemi vaut la peine d’être vue, ne serait-ce que pour son plan (qui a vaguement la forme d’un renne) et pour les nombreux édifices dessinés par l’architecte finlandais Alvar Aalto. Imaginez Iqaluit, redessinée par Arthur Erikson. Mais les gens de Rovaniemi ne sont pas contre la culture plus « populaire ». La preuve : à neuf kilomètres du centre-ville, on peut visiter le Village du père Noël… et y acheter de la viande de renne séchée en souvenir. (Selon moi, ceux qui ont eu cette idée manquent de tact ; j’imagine facilement des enfants pleurer en demandant où est passé Rudolph…)

Kemi, pas très loin au sud, s’enorgueillit depuis 1996 du plus gros château de glace au monde, que nous avons visité par une journée de froid littéralement cassant. (Les chambres sont équipées d’extincteurs : je suppose que les règles de sécurité du domaine hôtelier n’avaient pas prévu qu’une chambre d’hôtel puisse être faite de glace.) On peut, dans une galerie, admirer des objets d’art fabriqués de glace ou de neige. Tout, dans l’hôtel, est en glace, y compris l’aire de jeux pour enfants, le bar, la chapelle, même la croix où est cloué Jésus. Kitsch, diront certains.

D’ailleurs, la neige et la glace en tant que moyens d’expression n’ont-ils pas toujours donné quelque chose de kitsch ? À part des châteaux et des cygnes de glace, pas grand-chose. Alors, pourquoi les concepteurs du Snow Show se sont-ils lancés dans cette aventure, sachant qu’elle risquait d’être décriée par la communauté artistique dite sérieuse ?

Cela n’a rien à voir avec l’histoire personnelle du conservateur Lance Fung, un Californien de souche ; la neige n’a sûrement pas marqué son enfance. C’est bien sûr une affaire de tourisme : la Finlande, et la Laponie en particulier, veut attirer plus de visiteurs, et dans ce but elle cible une clientèle plus large. Le pays possède déjà les sports d’hiver comme atout, mais, de nos jours, les grands événements artistiques internationaux sont aussi une bonne affaire. Fung souhaite que la Finlande bénéficie des retombées de l’exposition (surtout que le pays a contribué de façon substantielle au budget de 4,7 millions de dollars du projet). Mais ce n’est pas d’abord pour cela qu’il a lancé The Snow Show.

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