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LE SPA, C'EST LA SANTÉ
Tous les plaisirs sont permis quand il s'agit de se remettre en forme.
Texte: AMY ROSEN
1 | 2 | 3 | JAN
Au moment où je monte dans la limousine extralongue, toutes mes appréhensions senvolent. Pendant le trajet dune heure en train depuis Toronto, jétais un peu inquiète à lidée de passer cinq jours dans un spa. Faudra-t-il mourir de faim pour perdre les deux kilos dont je veux me délester ? (Ou, pire, la cuisine sera-t-elle infecte ?) Va-t-on se moquer de ma forme physique plutôt moyenne ? Et que faire si je mennuie ou si je meurs dêtre privée de courriel, ce qui est une réelle possibilité ?
Mais le trajet en limousine calme mes inquiétudes : Haldimand Hills Spa Village est le lieu par excellence où « vaincre sans peine ». Ce complexe entièrement voué au mieux-être a vu le jour en 1981 quand Jim Corcoran a fait lacquisition dun magnifique château en pierre des champs, datant de 1858, et y a aménagé un paisible relais santé. Murs de pierre, tourelles et pignons, le tout sur 200 hectares de forêts, de terres agricoles et de jardins : lensemble gravite autour de lauberge Ste. Annes de Grafton où je viens passer quelques jours. Tout près se trouve lauberge victorienne Hillcrest de Port Hope. Chacune a ses particularités. Ste. Annes, sorte de terrain de jeu pour adultes, mise sur lactivité physique, le plein air et les produits Aveda. Hillcrest est un lieu plus retiré, propice à la méditation et voué aux produits ultrabio Dr. Hauschka.
Près de Ste. Annes se trouve la Maison Santé, centre de conditionnement physique où je passerai beaucoup de temps, seule et avec dautres. Mais dabord il faut évaluer ma forme. Je sens revenir lanxiété.
JOUR 1
Jared Lloyd, belle gueule, musclé et sympathique, sera mon entraîneur personnel. Il passe une heure à mesurer ma taille, mon poids, ma pression artérielle et mon rythme cardiaque. Il me pince avec un adipomètre aux endroits stratégiques (heureusement, le fessier est exclu), me fait faire des pompes, des redressements assis, des sauts et me fait passer une épreuve dendurance. Puis il fait le bilan, se gratte la tête et reprend ses calculs. Pour le coup, jai vraiment peur.
Mais les nouvelles sont bonnes : tension artérielle et indice de masse corporelle normaux, indice de composition corporelle quasi parfait, membres inférieurs vigoureux, tractions et redressements assis excellents. « Mais, dit-il en changeant de ton, le cardiovasculaire laisse à désirer. » Cest très rare, semble-t-il, davoir de bonnes notes dans toutes les catégories et déchouer au cardio. « Cest peut-être mes allergies ? » Nenni. Ce serait plutôt ma vilaine habitude de passer lété, allongée sur la terrasse, à siroter des gin tonics. Pourtant, je suis assez contente de ce résultat doux-amer : sans ambition, on narrive à rien.
Promenade en limousine : 1
Sueur exsudée : environ 1 1/2 c. à thé
Biscuits aux brisures de chocolat : 11
Privation de courriel : extrême
JOUR 2
Jouvre les yeux dans une chambre toute bleue, avec foyer au bois et lit à colonnes si haut quil faut un tabouret pour y grimper. Je prends ma douche à leau de source (puisée dans laquifère locale) puis je descends. Des hommes et des femmes, en peignoir éponge, sont élégamment posés sur des chaises longues et jouissent de leurs enveloppements à la menthe poivrée et de leurs séances de respiration détente. Ça ressemble à une « pyjama partie » dans une riche résidence dété. Je suis déjà si détendue que jen oublie presque de mhabiller pour déjeuner.
Ma première séance dentraînement avec Jared se passe bien. Puis jai une heure et demie de leçon particulière de yoga, suivie dun massage thaï (sorte de yoga passif). Je sors marcher dans la nature, puis jai une séance de méditation-étirement pour entrer en contact avec mon moi authentique. (Je commence à parler spa, cest bon signe.) La méditation est si relaxante (voix douces et oreillers moelleux) que certains piquent un somme.
La piscine est ouverte de laube au crépuscule. Je my rends aux dernières lueurs du jour. Dissimulée derrière mon livre, jécoute la conversation de deux dames dans la quarantaine, accrochées à leurs serpentins flottants. Lune dit : « Regarde le ciel, les nuages décoratifs, et larbre là-bas
» Lautre répond : « Tiens, cest Rose
» Rose approche en bâillant : « Jétais dans le hamac. » Un homme fait des longueurs pendant que sa femme fait de laqua-yoga. La vie est belle.
Tasses de café : 5
Symptômes de sevrage téléphonique : moyens
Sueur exsudée : 1/4 t
Scones nappés de crème épaisse : 4,5
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