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LE COOL EST MORT, VIVE LE COOL!   (p. 2 de 3)

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Sur cette surface lisse où les idées patinent d’un point à l’autre, on observe que les plus légères voyagent le plus vite. Les libertés démocratiques, par exemple, sont des idées lourdes. Mais le t-shirt de l’école élémentaire Wilkesboro que porte Avril Lavigne dans le vidéoclip Sk8ter Boi modifie en 48 heures le pool international des mimèmes (et les ventes d’eBay). Ainsi, tous les lieux « petits, uniques et ultrabranchés » du monde commencent à se ressembler. Le décor cubique blanc du magasin de chaussures Kurt Geiger est identique à celui de ma chambre d’hôtel. La nouvelle conception par burdifilek du magasin Danier Leather de Toronto a une ressemblance frappante avec le nouveau Four Seasons de Tokyo. Les bandes brillantes du plancher Zobop de Jim Lambie à la Tate Britain ont un écho étrange dans le catalogue Ikea. « Jouez chez vous », clame le texte du catalogue… sans ironie.

Bien sûr, quand tout commence à se ressembler, le jeu devient plutôt ennuyant. D’ailleurs, depuis quand les gens branchés s’accommodent-ils d’une telle uniformité ? L’anticonformisme, la rébellion et la volonté dionysienne d’offenser les goûts de la majorité ne définissent-ils pas ce qui est cool ? C’était le cas, en effet. Le problème, c’est qu’il ne reste plus personne à offenser, parce que les courants dominant et cool se sont fondus en une soupe culturelle aussi tiède que l’eau du bain d’hier.

Mon ami Adair Brouwer, ancien rédacteur de la revue Face et fanatique de culture à tout crin, aime beaucoup aborder ce sujet. « Auparavant, on définissait toujours le cool par la séparation entre "nous", l’underground branché, et "eux", les gens pas cool et archinuls. Vers le milieu des années 1990, ce clivage avait été effacé, gommé, nettoyé. »

Cela s’explique entre autres par l’accès. La technologie a beaucoup facilité la circulation d’idées nouvelles. « Naguère, il fallait trimer dur pour être cool, se souvient Brouwer. Il fallait trouver en ville l’obscur magasin de disques qui vendait un fanzine tout aussi obscur qu’on compulsait ensuite comme un texte sacré. L’Internet a changé tout ça. »

Par le passé, on pouvait aussi compter sur la ringardise du courant dominant, d’Olivia Newton-John aux croisières en passant par l’hommage sans ironie à Hollywood qu’était la cérémonie des Oscar. On pouvait être certain que ces phénomènes grand public allaient représenter ce que Brouwer appelle affectueusement « le summum de la nullité ». Aujourd’hui, Bryan Adams a sa propre styliste et, Dieu nous vienne en aide, il est vraiment cool de se faire voir aux Oscar.

Nulle part à Londres la fusion entre cool et quétaine n’est-elle aussi évidente qu’à la galerie Saatchi, avec tout son art « scandaleux » et son antiautoritarisme légendaire. C’est ici que se trouvent les porcs et vaches débités de Damien Hirst, le Dead Dad de Ron Mueck et le portrait par Marcus Harvey de l’infanticide en série et adepte du nazisme et de la porno Myra Hindley, une œuvre rendue par l’agencement habile (mais terrifiant) de milliers d’empreintes de mains d’enfants. Charles Saatchi, qui a assemblé cette collection, se décrit comme un « néophile », une personne qui se régale de la nouveauté. De fait, au fil des ans, il a embrassé la cause de bien des artistes non établis, tout comme il a embrassé son image médiatique de protecteur des rebelles.


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