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UN HOMME ET SON PÉCHÉ

Texte: DON TAPSCOTT

VOUS VOUS LEVEZ, LA NUIT, POUR ALLER AUX TOILETTES. NORMAL. Mais, chaque fois, vous ne résistez pas à l’envie d’aller voir si vous avez du courriel. Besoin d’une cure de techno-désintoxication?

Moi, je n’ai même pas besoin de me lever: je glisse chaque nuit, sous mon oreiller, mon Blackberry, de RIM. Ce formidable petit appareil de courriel sans fil me donne accès à mes messages 24 heures sur 24. Génial! Sauf que... ma femme n’apprécie guère de se faire réveiller quand le lit se met à vibrer de mon côté.

Mon attaché-case déborde de gadgets technologiques. Gadgets? Peut-être, mais ils font désormais partie de mon quotidien. Où que je sois, je peux consulter les cours de la Bourse, envoyer des courriels à mes enfants, régler mes factures, faire mes courses ou consulter le plan d’une ville pour trouver mon chemin. En voiture, je branche mon cellulaire dans le tableau de bord; je veux appeler quelqu’un dont le numéro est dans mon carnet? Je prononce son nom, et le tour est joué. Et si mon cellulaire sonne, la radio se tait.

OBSÉDÉ PAR LES GADGETS ÉLECTRONIQUES, MOI? NON! JE SUIS SIMPLEMENT PARMI LES PREMIERS À LES ADOPTER QUAND ILS ARRIVENT SUR LE MARCHÉ. DEMAIN, TOUT LE MONDE EN AURA.

J’entretiens, c’est vrai, une relation d’amour-haine avec tous mes nouveaux joujoux. Sans eux, par exemple, mon entreprise ne serait pas aussi efficace. Mais si mon regretté ami Michael Dertouzos, auteur et professeur au MIT, avait raison? «Cette multiplication des techno-gadgets, disait-il, est peut-être en train de nous rendre la vie plus compliquée et plus lourde.»

J’ai tendance à croire que nous saurons assimiler les nouvelles technologies. Quand le téléphone a été inventé, par exemple, beaucoup se demandaient à quoi il servirait. Certains voyaient là une invention satanique, dangereuse pour les mœurs – certains hommes en profiteraient pour susurrer à l’oreille des femmes des paroles inconvenantes. D’autres jugeaient scandaleux qu’une sonnerie puisse interrompre le cours d’une conversation «normale».

Notre attitude face aux technologies dépend en grande partie du fait que nous soyons, ou pas, nés avec. Les jeunes d’aujourd’hui vivent à ce point entourés d’appareils électroniques de toutes sortes que cela leur semble naturel, autant qu’un téléphone ou un grille-pain.

Dans un restaurant mexicain, récemment, j’ai observé trois ados, assis au bar, en pleine conversation téléphonique grâce à leurs cellulaires; ils s’arrêtaient constamment pour raconter à leurs copains ce que disait leur interlocuteur. Ce comportement, étrange pour la plupart des adultes, est parfaitement normal pour les jeunes. Pour eux, la technologie est transparente: ils ne la «voient» pas; ils savent, tout simplement, qu’elle leur donne accès à des gens, à de l’information, à des divertissements. Comme le souligne Idit Harel, du MIT: «Les jeunes utilisent les gadgets technologiques comme leurs parents utilisent un crayon pour écrire: sans y penser. Les jeunes ne discutent pas de la technologie; ils s’en servent pour jouer, créer des sites Web ou écrire à leurs amis.»

Et cela n’empêche pas les jeunes de continuer à faire leurs devoirs, à sortir avec leurs amis, à faire du sport ou à suivre des cours de piano... même si, selon diverses enquêtes, ils choisissent de plus en plus Internet plutôt que la télé.

Les jérémiades des adultes à propos des dangers de la technologie font bien rire les jeunes, qui peuvent sans problème tout à la fois surfer sur le Web, causer au téléphone, tenir trois conversations dans autant de cyber-salons de discussion, envoyer des messages instantanés et écouter de la musique.

Si les jeunes assimilent aussi facilement la technologie, c’est qu’ils sont tombés dedans quand ils étaient petits. Les adultes, eux, doivent en faire l’apprentissage: c’est parfois difficile, voire stressant. Tout espoir n’est cependant pas perdu: si la technologie vous intimide, demandez l’aide de vos enfants ou petits-enfants. Je le dis sans ironie. D’ailleurs, certaines commissions scolaires futées ont embauché des élèves pour former leurs enseignants en informatique!

Les adultes doivent aussi apprendre à ne pas devenir les esclaves de la technologie. Comme on peut les joindre par courriel partout dans le monde, ils doivent apprendre à ne pas consulter leur cyber-boîte aux lettres quand ils sont en vacances.

La clé du problème? La discipline personnelle. J’en sais quelque chose. Avec le service Internet haute vitesse à la maison, j’avais pris l’habitude d’entrer chez moi en coup de vent, presque sans regarder ma femme ni mes enfants, pour relever mon courriel; je ne le fais plus aujourd’hui. J’avais le choix: gérer toute cette technologie, ou la laisser gérer ma vie. J’ai choisi.

 


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