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FAIRE SORTIR LE VOTE
Devant lapathie des citoyens, la démocratie passe en mode virtuel.
Texte: DON TAPSCOTT
FEB
Si vous prévoyez poser votre candidature aux prochaines élections fédérales, lisez bien ceci. Jen ai jusque-là des aventures politiques dun soir. Tous les quatre ans, vous me faites la cour, vous me chantez la pomme, vous me dites que mon opinion a de limportance et je deviens tout excité. Le soir des élections, je vois des étoiles et je pleure de joie à la vue de la démocratie en action. Puis vlan, vous me jetez comme une vieille chaussette. Le téléphone cesse de sonner. Cest comme si je navais jamais existé.
Ça suffit. Je veux une relation à long terme, et je ne suis pas le seul. Avec labondance doutils de communication bon marché, les citoyens peuvent sengager en permanence, se sentir responsables de leur collectivité et de leur pays, influencer les élus et vice-versa.
Que ce changement nous ferait du bien ! Depuis la confédération, politiciens et bureaucrates considèrent que les citoyens sont étrangers aux affaires de lÉtat. À lépoque où le système a été conçu, cela avait du sens. Nos ancêtres élisaient des politiciens pour aller à Ottawa en leur nom, étudier les enjeux, tenir des débats raisonnés et adopter des lois.
Mais bien des choses ont changé. Beaucoup dimprévus surviennent entre les élections, et aucun gouvernement ne peut affirmer de façon crédible avoir reçu un mandat clair sur la façon de les traiter. Et les élections manquent de subtilité. On na droit quà un seul vote, même quand chaque parti présente des arguments valables sur un certain nombre de sujets.
Le système actuel à sens unique (nous votons, ils gouvernent) gaspille la sagesse et les idées que nous, citoyens, pourrions apporter dans le règlement de problèmes politiques complexes. Un gouvernement ne peut avoir réponse à tout. Pendant la représentation théâtrale, pardon, gouvernementale, nous pourrions nous objecter au dénouement, émettre des critiques constructives sur les dialogues, la mise en scène, léclairage ou le prix des billets. Nous pourrions trouver que certains acteurs essaient daccaparer toute lattention. Parfois, nous pourrions même monter brièvement sur scène.
Pourquoi pas un remue-méninges virtuel, où citoyens et représentants gouvernementaux discuteraient en ligne et en temps réel pour déterminer les nouveaux enjeux ou besoins en matière de politique ? Le premier ministre dirait : « Nous tiendrons une discussion nationale sur la revitalisation des villes. Jusquà vendredi en quinze à midi, nimporte qui pourra y participer sur le site Web que nous avons mis sur pied. Si vous navez pas daccès Internet, je me suis entendu avec des sociétés, des écoles, des bibliothèques, des centres communautaires et commerciaux afin que vous puissiez vous y brancher. Nous organiserons la discussion par régions et par groupes dintérêt. Je participerai quotidiennement aux discussions et jexposerai mon point de vue. À la fin du processus, nous examinerons nos choix daction. »
Voici dautres outils numériques possibles :
Les tables rondes citoyennes en ligne Des citoyens choisis au hasard agissent comme conseillers en politiques sur un sujet. Ils se servent dInternet pour écouter les témoignages, poser des questions et délibérer en vue de produire des recommandations. Des organes consultatifs permanents seraient formés dun échantillon représentatif de citoyens tenant des débats et échangeant des renseignements par Internet.
Le scrutin délibératif On fournit aux citoyens les ressources nécessaires pour étudier les enjeux et y réfléchir dune façon coopérative et délibérative. Sous-groupes virtuels de discussion et échantillonnage scientifique aléatoire seraient ainsi combinés pour recueillir sur la formulation des politiques des commentaires plus éclairés que lors dun vote instantané.
Les périodes virtuelles de questions Les représentants politiques « rencontrent » leurs commettants pour des périodes de questions en ligne.
La création de scénarios On imagine des scénarios à laide de logiciels de simulation et de modélisation afin de prévoir les besoins stratégiques futurs et de comprendre les conséquences à long terme des décisions. Politiciens, bureaucrates et citoyens pourraient évaluer les effets éventuels des politiques sur un éventail de facteurs, de la santé à lenvironnement en passant par léconomie.
Ces outils nont rien à voir avec la « démocratie directe », où chacun vote en ligne après avoir regardé le bulletin de nouvelles du soir. Les gens nont ni le temps, ni linclination, ni lexpertise pour bien se documenter sur tout.
Les députés conserveraient leur emploi. Nous aurions toujours besoin de la Chambre des communes pour débattre, raffiner et régler les enjeux, mais dans le contexte dune démocratie interactive qui encouragerait lengagement des citoyens.
Nous avons clairement besoin dune réforme. Aux dernières élections fédérales, 8,2 millions délecteurs ont boycotté les bureaux de vote. La participation électorale a diminué à chacun des quatre derniers scrutins.
Si cette apathie perdure, nous allons en payer le prix. Les citoyens doivent croire que leur engagement dans le processus démocratique a un sens et quil mérite temps et énergie. Il est probable quainsi ils respecteraient davantage les décisions du gouvernement. Nous disposons de nouveaux outils numériques. Ce serait bête de ne pas sen servir. [ ]
VOS COMMENTAIRES > dtapscott@enroutemag.net
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