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L'AUTRE VERSANT DE LA MONTAGNE
Largent et lappât du gain ont-ils fait de lex-dépotoir de Whistler une station haut de gammme ? Pas tout à fait.
Texte : NICK ROCKEL
1 | 2 | 3 | FEB
Dans une petite pièce bleue au-dessus dun dépanneur, Janet Shimizu applique de la pression. Sur le dos, sur le ventre, de la tête aux pieds ; mon esprit dérive pendant que ses doigts robustes écrasent mes membres et mon torse. On se sent tout drôle quand on se rhabille après une heure de shiatsu, comme si des churs danges venaient de nous donner une raclée. Des anges ? Pourquoi pas ? Je suis à Whistler, après tout.
« Vous êtes doué pour relaxer », me dit Shimizu pendant que sa collaboratrice présente la facture. Tout a son prix. Surtout dans cette ancienne décharge rurale devenue paradis de ski pour riches. Promenons-nous dans Whistler Village et voyons ce quon y vend.
Je nai quà traverser la rue pour atteindre lhôtel et ses apéritifs. Des lumières blanches scintillent sur les arbres dénudés en ce samedi soir frisquet de fin novembre. La neige fraîchement pelletée est impeccable, comme si la main de Dieu lavait émiettée en petits tas floconneux aux intersections. Il y en a une tonne pour un mois de novembre. Tant mieux : cest le début de saison au centre de ski et de planche à neige le plus prisé en Amérique du Nord, hôte des Olympiques dhiver de 2010 avec Vancouver. Hameau quasi inexistant il y a 25 ans, Whistler est maintenant la ville la plus chère au Canada. Des gens comme Julia Roberts et le prince Charles viennent y fêter, magasiner ou tenter une descente parfaite sur des demi-lunes géniales ou lune des 200 pistes de poudreuse.
Les gens du coin aussi viennent samuser au centre de ski Blackcomb, du moins ceux que les remonte-pentes à 70 $ neffraient pas. Ils se rappellent avec nostalgie (ou amertume) quils venaient ici en famille dans les années 1980, avant que le reste du monde connaisse lendroit. Ce soir, les hôtels chics, les condos huppés et les nombreux chalets sont surtout occupés par des citadins prêts à rouler 90 minutes sur une route dangereuse pour fuir Vancouver et la pluie. Les Américains ne débarqueront quaprès leur Thanksgiving. Dici juin, une avalanche dAsiatiques, dEuropéens et dhabitants des antipodes devrait avoir fait monter le nombre de skieurs sur les monts Whistler et Blackcomb à plus de deux millions.
Pas mal pour un ancien dépotoir.
Lendroit grossit à un rythme tel (population permanente : 10 000 habitants) que même les résidants cherchent leur chemin. Les Australiens et Britanniques qui viennent travailler au village « deviennent presque instantanément des gens du pays », explique Steven Cannizzaro, directeur général de notre hôtel, le Summit Lodge & Spa. Ce New-Yorkais très classe connaît bien la neige, car il a élevé ses enfants dans les tempêtes de St. Johns. Les Jeux dhiver seront simple affaire de routine, selon lui. Cannizzaro fait dailleurs une autre prédiction : dici cinq ans, le cyclisme sera ici aussi gros que le ski. Farfelu ? La plupart des gens navaient pas vu venir le centre de ski international non plus.
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