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LA TIGRESSE AUX PATTES DE VELOURS   (p. 2 de 3)

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En suivant à la trace les exploits romantico-sexuels de quatre femmes de Manhattan avec le réalisme d’un anthropologue urbain au regard perçant, Sexe à New York a mis le postféminisme en scène dans toute sa splendeur. Dans un espace culturel envahi par les enfants (Britney et sa bande, les ti-culs de Watatatow), Samantha et ses copines remettaient les choses en perspective. Elles affirmaient avec un humour décapant, mais jamais méchant, qu’il était acceptable (et même sexy) d’être célibataire pour une femme dans la trentaine et la quarantaine. Elles faisaient avancer la cause des femmes sans le psychologisme sirupeux d’Oprah.

Il faut dire que la série Sexe à New York n’a pas déplacé les montagnes à elle seule. Elle a eu la chance de coïncider avec le cirque médiatique entourant l’affaire Clinton-Lewinsky, lequel a permis d’aborder en public des questions jusqu’alors jamais traitées en bonne société et encore moins en première page des journaux. Les femmes regardaient l’émission avec un sentiment de complicité croissante, ravies d’entendre enfin d’autres femmes que leurs propres copines exprimer leur frustration devant l’éternel problème du décodage des hommes.

La Carrie Bradshaw de Sarah Jessica Parker est le pivot de l’histoire, mais Samantha en est le piment. Kim Cattrall a reçu un Golden Globe l’an dernier, sans doute pour avoir su rendre avec grâce les prouesses les plus audacieuses de son personnage. Pas facile en effet de jouer la femme éplorée devant l’appendice nettement insuffisant de son compagnon, de faire l’acrobate sexuelle, de vivre un fantasme avec un pompier et une expérience lesbienne, en plus de prodiguer des conseils presque machos aux filles insatisfaites de leur partenaire. (« Tu t’en débarrasses tout de suite ! Tiens, prends mon cellulaire », intime-t-elle à Carrie, sur un ton sans réplique.)

Avec le recul, on constate que, Samantha étant un personnage plus grand que nature, ses comportements sexuels ont toujours eu quelque chose d’un peu extrême, à la mesure des fantasmes des ados esclaves de leurs hormones du film Chez Porky. Personne ne s’est donc étonné d’apprendre, il y a deux ans, que Cattrall n’avait jamais vraiment pris son pied avant de rencontrer Mark Levinson, son mari d’alors. C’est ce qu’elle révélait dans les pages du livre Satisfaction : L’art de l’orgasme féminin, guide pratique rédigé par ce couple heureux et satisfait. Mais, comme le sexe à lui seul ne suffit pas, le couple se séparait peu après.

Malgré le succès du livre, Kim Cattrall précise qu’elle n’est pas une ambassadrice du sexe. « Je trouve assez gênant d’être perçue comme une experte, confie-t-elle d’un ton pensif, parce que j’ai réalisé mon potentiel sexuel sur le tard, du moins plus tard que la moyenne. C’est Samantha l’ambassadrice, pas moi. Samantha est un personnage que je suis ravie d’avoir pu incarner et qui me permet de parler d’un tas de choses, mais ce n’est pas moi… pas du tout. »

Les stars du cinéma n’ont pas ce genre de problème. Personne ne pense que Dustin Hoffman est Rain Man ou que Gérard Depardieu est un poète et guerrier au nez monumental. Mais, à la télé, les personnages deviennent des idoles, et les acteurs qui les incarnent en subissent les conséquences, qu’ils le veuillent ou non. Demandez à Chantal Fontaine combien de fois par jour elle entend : « Salut, Virginie ! » quand elle se montre en public.

Dans les prochains mois, les gens arrêteront sans doute Kim Cattrall dans la rue pour prendre des nouvelles de sa santé. (Si vous ne voulez pas savoir ce que vous réservent les huit derniers épisodes de Sexe à New York, que Bravo! Canada diffuse – en anglais – à compter du 6 février, ne lisez pas plus loin.)

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