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MEXIQUE : VRAI OU FAUX

Dès qu'on arrive à Puerto Vallarta, on apprend que c'est le couple Elizabeth Taylor et Richard Burton qui a rendu l'endroit célèbre. C'était en 1963, au cours du tournage de La Nuit de l'iguane, dans ce qui était alors un minuscule village de pêcheurs ; on trouve depuis le récit de leurs mémorables frasques dans tous les guides touristiques.

Cette histoire a toujours fait de l'ombre au film admirable de John Huston, dans lequel Ava Gardner incarne une femme affranchie qui parle ouvertement de ses " besoins physiques " et des vertus calmantes du " pot ", face à un Richard Burton impeccable en pasteur déchu devenu guide touristique. Dans une scène clé, Burton est au volant d'un autocar rempli d'instituteurs baptistes. Passant à toute allure devant l'hôtel tout confort où il doit les déposer, il aboutit devant la tanière de la belle Ava. Même si les rares Mexicains du film ont pour seule tâche d'entourer l'actrice de leurs égards - en agitant sans arrêt leurs maracas, y compris dans une scène de combat merveilleusement kitsch -, on sent bien que Burton préfère le " vrai " Mexique à sa version touristique édulcorée.

Depuis, le fossé entre ces deux versions du Mexique n'a cessé de se creuser sous l'effet du tourisme de masse. Sans doute plus que partout ailleurs, à Puerto Vallarta on semble avoir effacé toute trace du pays authentique. Avec ses centres commerciaux, ses lotissements clôturés et ses boutiques franchisées, dont la dernière en date trône juste devant la cathédrale, la ville ressemble davantage au sud de la Floride qu'à ses voisines, plus loin sur la carretera.

Dans une autre scène de La Nuit de l'iguane, Burton immobilise son autocar pour observer femmes et enfants qui s'amusent à faire la lessive dans une rivière. " Le monde perdu de l'innocence ", soupire-t-il rêveusement, tandis que les instituteurs discutent machines à laver. Leur indifférence heurte la sensibilité romanesque d'une jeune femme du groupe : " S'ils veulent du confort, pourquoi ne restent-ils pas chez eux ? " s'indigne-t-elle. Une question que personne ne poserait plus de nos jours, car Puerto Vallarta offre en fac-similé tropical tout le confort des banlieues nord-américaines. On y est carrément chez soi.

Et, là comme ailleurs, il y en a qui pensent rénovation. Ils déplorent la vulgarité des lieux. Si La Nuit de l'iguane a fait connaître Puerto Vallarta dans les années 1960, c'est après tout la série télé La croisière s'amuse qui, dans les deux décennies suivantes, en a consolidé la notoriété à grand renfort d'intrigues de pacotille et de glamour au rabais. Et, bénédiction ou malédiction, la somptueuse plage de sable fin qui se déroule sur 150 kilomètres offre des possibilités d'expansion presque infinies.

Mon premier voyage à Puerto Vallarta remonte à il y a une dizaine d'années. Depuis, le tourisme y a fait un bond de 50 %, la ville accueillant aujourd'hui 50 000 visiteurs par jour et 3 millions par an. La trouvant déjà surpeuplée à l'époque, j'avais opté pour un village voisin qu'un archéologue et bohème de mes amis m'avait vivement recommandé. J'y avais dormi au seul hôtel de l'endroit et, le lendemain, c'est tout juste si un villageois m'a cru quand je lui ai dit n'avoir aperçu aucun scorpion dans ma chambre. Comme Richard Burton dans La Nuit de l'iguane, j'avais cherché un lieu vierge de la présence de mes semblables. N'est-ce pas en partie l'objet de tout voyage de découvrir cet " Autre " cher aux sociologues ? Ce qui est " nouveau " ou " différent ", dirions-nous plus simplement ?

Dix années ont passé, donc, et j'ai logé cette fois à Punta Mita, au Four Seasons Resort. En guise de nouveauté, j'ai eu droit à des sièges de toilette carrés et à des bassins pour se rafraîchir installés en terrasse. Original, mais pas vraiment mexicain. C'est que le Four Seasons se veut à l'avant-garde d'une tendance visant à moderniser l'exotisme des lieux par une débauche de luxe. Il faut dire que le cadre naturel s'y prête on ne peut mieux. Punta Mita occupe la péninsule formant la pointe nord de l'immense baie de Banderas, où niche Puerto Vallarta à une quarantaine de minutes de là. Quand le gouvernement mexicain s'est rendu compte du potentiel touristique de cette ancienne terre agricole, il l'a vendue au puissant consortium Grupo Dine. Plusieurs lotissements clôturés - dont les maisons s'arrachent à partir de 1,5 million de dollars - y ont déjà poussé comme par magie, et d'autres sont en chantier. Mais la pièce maîtresse reste le Four Seasons et son terrain de golf adjacent, conçu par Jack Nicklaus.

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