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PROBLÈME DE LATITUDE
Surtout réservé aux militaires et aux scientifiques à lorigine, le système mondial de localisation a été adopté par quelques aventuriers farfelus, qui se rendent là où personne na jamais eu envie daller.
Texte : ANDREW FINDLAY
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Je me débats dans la brousse à quatre kilomètres au nord de la petite ville de Summerside. Le paysage est constitué dun rideau dépinettes noires et de saules typique de larrière-pays terre-neuvien. Jai fait 4 000 kilomètres davion pour atteindre une ville que je ne pouvais trouver sur une carte la semaine dernière ; pendant trois heures, jai navigué dans un dédale de chemins dexploitation et traversé une forêt dense pour atteindre un point où il ny a pratiquement rien à voir. Suis-je si désuvré ?
En fait, cest ma première chasse au point de confluence, une activité étrange qui consiste à localiser les points dintersection des degrés entiers de latitude et de longitude à laide dun GPS. Le mien désembrouille les signaux satellites et mavertit que japproche dun point de confluence convoité et non revendiqué. Mon pouls saccélère et je franchis péniblement les derniers mètres. Je mécrie : « Jy suis ! » Je me sens comme un conquistador de labsurde. Je suis enfin à destination, dans la neige jusquaux genoux, à 49° N 58° O.
Notre globe rapetisse, de même que les occasions de vivre des aventures hors du commun, aussi nest-il pas surprenant quon ait imaginé une telle activité. Nimporte qui armé dun GPS et dune bonne dose de ténacité peut réussir. Bien sûr, il y manque le vernis héroïque des sports daventure (aucun grand réseau de télé ne vous offrira de droits de reproduction et aucun agent ne se pointera chez vous), mais tout le monde peut y arriver à condition daimer le hasard et la futilité.
La chasse aux points de confluence a débuté innocemment en 1996 avec lachat dun GPS par Alex Jarrett, un programmeur du New Hampshire. « Jai remarqué que jhabitais à 16 kilomètres du 43° N 72° O ; je my suis rendu pour voir comment cétait et jai ensuite créé un site Web », explique-t-il. Il ne pensait pas alors que sa visite impromptue et sa contribution subséquente donneraient naissance au Degree Confluence Project, un effort concerté dun nombre sans cesse croissant de maniaques du GPS du monde entier. Au dernier comptage, plus de 3 400 personnes avaient enregistré sur le site Web des photos et des récits de leurs visites. Ce site, qui au départ nétait constitué que de quatre instantanés du 43° N 72° O décrit par Jarrett comme « un point indescriptible à proximité dun marais » , contient maintenant quelque 20 000 images de 2 300 points de confluence dans 120 pays.
Les chasseurs de points de confluence consacrent temps et argent à ladocumentation de la surface de la Terre et au partage de leurs échantillons de topographie et de paysages exotiques (comme la Namibie) ou familiers (comme Terre-Neuve). Mais comme leur passion commune ne respecte pas létiquette touristique définie par la chambre de commerce ou le Lonely Planet, le site Web du projet (www.confluence.org) ressemble maintenant à une anthologie daventures bizarres. Ainsi les adeptes de GPS ont-ils traversé une base militaire en Californie, franchi les déserts du Dubaï, grimpé sur le toit dun entrepôt dans la banlieue de Calgary et affronté les mouches des fondrières des Territoires du Nord-Ouest, uniquement pour marcher sur un point défini par une matrice de lignes invisibles.
Selon David Patton, un conseiller en informatique de Vancouver et coordonnateur du projet de confluence au Canada, cest linconnu qui est lélément déclencheur. « Ces points nont rien de vraiment significatif, explique-t-il. Cest tellement aléatoire que souvent vous ne savez même pas ce que vous allez y trouver. » Nathaniel « Natcho » Stephens, un ardent chasseur américain qui a revendiqué en six jours cinq points de confluence dans cinq provinces, ajoute : « Les humains sont devenus tellement prévisibles ; ils suivent toujours le même chemin. Grâce au projet, ils ont loccasion den dévier brièvement, de prendre contact avec leur monde et den apprendre un peu plus à son sujet. Peut-être allez-vous voir un ruisseau ou un bois que vous nauriez pas remarqué en voiture. »
Bien que jaie réussi la conquête de mon point de confluence, je traîne un moment dans larrière-pays terre-neuvien et je savoure mon exploit. Comme je reviens sur mes pas vers Summerside, je ressens une étrange parenté avec tous ceux qui participent à cette quête. Et je me rappelle le regretté George Mallory et sa célèbre explication quand il sest attaqué à lEverest au début des années 1920. « Parce quil est là. » Maintenant, je peux comprendre... [ ]
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