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NOËLS À L'ANCIENNE   (p. 2 de 3)

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Pour rendre ce courage plus palpable, il faut aller au Zeitgeschichtliches Forum Leipzig (Forum d’histoire contemporaine à Leipzig), musée ultramoderne, impeccablement tenu, mais dont le nom est imprononçable. Les expositions que j’y ai vues – en hommage à l’opposition et à la résistance du peuple allemand – sont toutes si impressionnantes que je rêve d’un éventuel commentaire en d’autres langues que l’allemand.

Ce musée est un puissant symbole de la transformation qu’a subie la ville, mais ce n’est pas le seul, et, en ce temps de l’année, les Leipzigois fêtent leur liberté en célébrant… Noël. Le marché de Noël envahit tout le centre-ville et – Disney soit loué ! – se répartit même en zones thématiques : le Leipzig médiéval est évoqué par un petit groupe de kiosques situés près de la Bourse, ce magnifique immeuble à l’architecture baroque ; les pâtissiers sont groupés sur la place de l’église Saint-Martin, l’autre grande église du centre-ville, réputée pour ses étranges colonnes en forme de palmiers ; et, près de l’université, logée dans un bâtiment dégradé datant de l’époque communiste, se trouve une sorte de Petite Italie. Quel que soit le thème, la marchandise est passablement la même partout : pâtisseries, saucisses et gaufres vendues à la paire, pliées à la « penture », sur une bonne lampée de crème fouettée et que l’on mange comme un sandwich ; objets d’artisanat, jouets de qualités diverses et les incontournables glühwein et stollen.

En face de l’université se trouve la Gewandhaus, célèbre salle de concert de Leipzig. Sa présente incarnation est relativement récente, mais en 1989 son chef d’orchestre était Kurt Mazur, l’un des premiers intellectuels est-allemands ralliés à l’opposition. Sa notoriété le rendait intouchable et son exemple a été une inspiration pour les autres. Avant lui, Felix Mendelssohn avait fait redécouvrir à ses contemporains la musique de Jean-Sébastien Bach, tombée dans l’oubli. C’est aussi Mendelssohn qui a recueilli l’argent nécessaire pour faire construire la statue de Bach, près de l’église Saint-Thomas. (Mais ne la cherchez pas à l’époque de Noël, on l’enferme dans un boîtier pour la protéger du gel.)

La faim et le froid me font rebrousser chemin et, au son des cuivres qui jouent des chants de Noël et dans les effluves de glühwein qui embaument l’air, je me dirige vers Auerbachs Keller, où, dans le Faust de Goethe, de jeunes fêtards se font ensorceler par Méphistophélès. (Oui, l’incident est immortalisé par des statues de bronze.) Cet endroit est peut-être l’une des plus grandes attractions touristiques de Leipzig, mais on y sert une cuisine, ma foi, assez bonne. Et puis il y a ici un « vieux bonhomme » que je tiens absolument à saluer. Avant de descendre dans la salle à manger, je touche l’orteil de Faust, comme je le fais chaque fois que je suis à Leipzig.

C’est une vieille superstition, qui garantit que vous allez revenir. [ ]


Où loger, où se restaurer, quoi faire... >


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