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COURSE À RELAIS (p. 2 de 3)
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Dans la tradition grecque, la purification est un rituel souvent associé à lathlétisme. Je décide de minitier à cette tradition en allant fouler les sites des exploits dathlètes disparus depuis belle lurette, avant lère du dopage. Je me rends donc aux ruines de Delphes. Après mêtre bien aspergé deau, jentre dans larène (sans toutefois me dévêtir comme lauraient fait les Anciens), prêt à courir et à lutter avec mon prochain. Heureusement pour moi, ledit prochain est absent, ce qui mépargne une humiliante défaite. Ceux qui préfèrent les paris à la compétition voudront sans doute plutôt consulter le célèbre oracle de Delphes : de vieilles femmes en plein délire vous révèlent la Vérité toute nue dans des formulations aussi creuses quimpénétrables.
Delphes a la réputation dêtre le nombril du monde. Méditons là-dessus. Chose certaine, on y adopte invariablement des comportements romantiques bien quun peu bizarres. En voici dailleurs la preuve : dans les ruines du grand amphithéâtre, un touriste allemand en transe déclame de mémoire un long poème de Schiller.
Pour remonter aux origines mêmes des olympiades actuelles, il faut aller à Olympie, au Péloponnèse, où tout a débuté. À cette époque, la Grèce navait pas à se mesurer à Bornéo et à Wawa pour avoir lhonneur daccueillir les Jeux. Cétait plutôt une activité locale spontanée, sans comité international, sans commanditaires et sans juge de patinage corrompue. Les ruines dOlympie me font penser à celles du Stade olympique de Montréal, mais en moins décrépit. Oui, le toit coule, mais au moins, en Grèce, ça sexplique : il ny a pas de toit. Malgré quelques séismes, lendroit a encore bonne mine. Le stade pourrait accueillir 20 000 spectateurs et les coureurs sen servent toujours comme circuit dentraînement, même si le public a beaucoup diminué. Je fais un tour de piste sans me presser, en me prenant pour un dieu grec au corps nu et basané.
Cest ici, au temple dHéra, que la flamme des Jeux olympiques modernes est traditionnellement allumée puis relayée jusquà la ville hôtesse. (Ce sera sans doute plus facile de la faire parvenir à Athènes que, disons, à Vancouver.) Laissant tous les lemmings suivre la flamme jusque dans la capitale grecque, je choisis de traverser la péninsule et daller à Thessalonique.
Athènes regorge peut-être dathlètes et de chefs-duvre antiques, mais Thessalonique a aussi son charme, surtout si vous aimez larchitecture byzantine des VIIIe et IXe siècles. Les jeunes branchés lont vite compris, et la région attire lindustrie des nippes et de la fripe. Les boutiques sont superbes, la population élégante, lair pur, le bord de mer magnifique. Tout semble indiquer que Thessalonique, autrefois la seconde ville de lempire byzantin après Constantinople, est sur le point de renaître. On sait quune ville européenne va bientôt éclore quand elle obtient son premier hôtel de luxe.
La notion dhôtel élégant et moderne est relativement nouvelle en Grèce, où les hostelleries ont toujours été modestes et desprit familial. Thessalonique a devancé Athènes dans la course pour lobtention dun premier établissement euro-chic au pays, et sy trouve désormais le Kempinski Hotel Nikopolis. Jy descends, et jai aussitôt limpression dêtre dans un hôtel ultramoderne de Manhattan ou de Paris : les meubles sont un mélange théâtral de moderne, de postmoderne et de franchement sauté. Philippe Starck y est incontournable. Le restaurant sera bientôt primé, jimagine. Et le personnel est irréprochable et poli, ce qui, en Grèce, est une rareté.
Le Kempinski se targue davoir la plus grande piscine de toute la région des Balkans (ce qui nest pas peu dire). Lhôtel est formé de pavillons communicants groupés autour de la piscine, de façon à agrémenter le panorama. Je mefforce de ne pas regarder dans lautre direction, là où le paysage est encore en attente des innombrables constructions de luxe qui suivront sans doute limplantation de lhôtel.
À mes yeux, la rivalité entre deux hôtels chics présente plus dintérêt que la compétition olympique. Je retourne donc à Athènes y échantillonner un tout premier hôtel-boutique : le Semiramis, conçu par le grand designer canadien Karim Rashid. Lhôtel est à Kifissiá, le quartier dAthènes que Rashid préfère. « Athènes va bientôt être la ville la plus courue dEurope, sexclame-t-il. Il y règne un chaos magnifique. Et les Athéniens sont hypersensibles à tout ce qui se passe dans le monde ; leurs importations culturelles augmentent à un rythme exponentiel. Jadore cet endroit. » Il laime à un point tel quil y travaille à plusieurs projets en même temps, dont une curieuse bouteille pour leau minérale naturelle Ioli.
Voici donc le plan de match : arrivez en Grèce, achetez une bouteille deau signée Karim Rashid pour rester bien hydraté tout au long de votre périple harassant dans les stations thermales, les stades en ruine et les hôtels de luxe. Puis faites relâche au Semiramis, remplissez votre bouteille douzo et méditez sur les innombrables bienfaits de lathlétisme sur le corps et lesprit. [ ]
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