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COURSE À RELAIS
La Grèce offre plus que des Jeux, des ruines et de louzo. Quoi ? Des spas antiques, des hôtels huppés... et des moines qui lévitent.
Texte : DOUGLAS ANTHONY COOPER
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Suis-je le seul à penser que les Jeux olympiques ont quelque chose dun peu surfait ? Lidée daller jusquà Athènes pour voir des athlètes de niveau international rivaliser dexcellence, fracasser des records séculaires et exécuter des sauts jusqualors réservés aux seuls batraciens
tout cela me semble somme toute assez soporifique. Par contre, les eaux thermales de la Grèce ancienne, voilà un sujet qui me ravigote. Je laisserai donc les foules sextasier devant des gymnastes prépubères et jirai me joindre aux vrais athlètes, ceux qui, dans un état semi-comateux, ont le courage de sexposer à la vapeur de sources thermales connues depuis lAntiquité. Dans un deuxième temps, je me livrerai à un exigeant biathlon hôtelier et irai échantillonner les deux premiers hôtels-boutiques branchés de Grèce.
Je sais, certains dentre vous ne pourront se passer de faire lexpérience du dépassement athlétique ou voudront, ayant parcouru toute cette distance, se rincer lil sur quelques ruines célèbres. Je vous propose donc cette troisième épreuve : faites le tour des stades décrépits où tout a commencé. Tournez le dos aux drapeaux, logos et mégacommandites du grand cirque en représentation dans la capitale, et rendez visite aux fantômes qui hantent encore les stades anciens où les athlètes (aujourdhui décédés, hélas) avaient le bon goût de se présenter nus.
La Grèce nest pas réputée, du moins à notre époque, pour ses stations thermales. Les eaux souterraines dEdipsos, pourtant, jaillissent depuis très, très longtemps, et leurs vertus étaient déjà signalées par lhistorien grec Hérodote dès le ve siècle avant notre ère. (Soit dit en passant, en lan 2003 de notre ère, jai assisté à un congrès tenu au Péloponnèse où de grands spécialistes dEurope centrale étaient invités à proposer des moyens de réaliser le projet très concret de construire en Grèce des stations thermales pouvant rivaliser avec celles de Baden-Baden.)
Le spa européen sest toujours distingué de ses homologues dAmérique du Nord ou dAsie du Sud-Est. Le spa du Nouveau Monde est voué au bien-être et à la prospérité sous tous ses avatars et sadresse avant tout aux Déjà En Forme. Le spa européen, lui, a toujours eu un volet médicinal et sadresse aux Aspirants À La Forme. On y boit les eaux thermales, lesquelles ont des vertus curatives. (Elles ont aussi, il faut le dire, une odeur nauséabonde.)
Alors, oui, jirai au Parthénon, nettement plus impressionnant que les images reproduites sur toutes les tasses à café, mais, rassasié de sublime, je remonterai ensuite vers le nord jusquà Edipsos, sur lîle dEubée, où se trouve la mère de toutes les stations thermales.
Lactuel spa Thermae Sylla dEdipsos date de 1896. Cest une structure palatiale avec tour centrale qui donne sur la mer, et qui est classée monument historique. Ici, le mot « historique » est faible : les eaux thermales dEdipsos ont été signalées par Aristote, et on dit quelles ont rendu ses forces à Héraclès à une époque où le pauvre traversait une mauvaise passe. Plus récemment, Greta Garbo et Winston Churchill y seraient également venus (mais pas ensemble).
Rénovée en 1999, Thermae Sylla nest plus la station médicinale quelle était autrefois et offre désormais tous les raffinements nord-américains : massages culturellement sensibles avec application dhuiles et de pommades coûteuses dans un esprit quasi mystique. Les autres stations thermales dEurope devront sans doute en faire autant si elles veulent autre chose quune clientèle doctogénaires. Ainsi les Vieux Pays accueillent-ils le nouvel âge, et Mozart se marie-t-il avec Enya.
À Thermae Sylla, je minitie au hammam à boues multiples. Une pièce, revêtue de céramique bleue et surmontée dun dôme étoilé, est exclusivement réservée à cette tradition venue des bains de vapeur byzantins (en passant par Sedona, Arizona). Les sièges de céramique bleue sont préenduits de boue aux propriétés magiques. Petit problème, cependant : tout au long de cette expérience au demeurant relaxante, je dois lutter pour ne pas glisser par terre. (Quelquun pourrait-il de grâce fixer un antidérapant fessier sur les sièges du hammam ? Merci davance.)
On mapporte sur une assiette trois boules de crème glacée : vanille, café et chocolat. Génial ! Comme je mapprête à goûter dabord la vanille, le préposé me fait comprendre par des signes frénétiques : « Non, non, cest de la boue ! » Ce sont en effet trois variétés de boues santé que jétale sur tout mon corps avant daller mijoter dans le hammam sous un éclairage qui se transforme lentement. À la fin, une pluie artificielle se met à tomber comme par miracle du dôme au-dessus de moi. Tous les soins ne sont pas aussi atmosphériques, mais ils sont tous rigoureusement orchestrés et fort agréables. Hérodote et Aristote, comme toujours, disaient vrai.
On vient à Edipsos avant tout pour ses eaux thermales légèrement radioactives mais pas du tout nocives, et il nest pas nécessaire de loger à Thermae Sylla pour en faire lexpérience : elles coulent par toute la ville et on peut même, sur la plage, aller se tenir sous une minuscule chute deau brûlante. Les médecins ne sentendent pas quant aux vertus curatives des eaux, mais des millions dEuropéens à lépiderme rosi peuvent-ils tous avoir tort ?
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