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FERIEZ-VOUS CONFIANCE À CE TOM ?

Tom Green cherche à devenir adulte, mais son public le suivra-t-il ?

Texte : JAMES MARTIN


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Tom Green possède une somptueuse résidence à Los Angeles. C’est dingue : être propriétaire, c’est une affaire d’adulte, non ?

Achetée grâce aux retombées d’une suite de comédies mineures et de quelques tentatives cinématographiques de repousser les limites du bon goût, la maison de plain-pied des années 1940 est élégante et dégagée. (Mickey Rooney en aurait déjà été propriétaire, paraît-il.) Deux huskies sibériens arpentent un couloir orné d’un portrait de Woody Allen. Dans le pavillon près de la piscine, un chandail autographié des Sénateurs d’Ottawa est encadré au mur. Si ce n’était d’un petit jouet mécanique, discrètement posé sur une tablette au-dessus de l’évier de cuisine, représentant deux chevaux en plein coït, le visiteur pourrait oublier que le propriétaire des lieux a déjà simulé l’extase sexuelle avec un orignal mort sur le bord de la Transcanadienne.

Après tout, faut bien que les animaux morts sur le bord de la route servent à quelque chose…

Tom Green en 172 mots. Né à Pembroke (Ontario) en 1971. Grandit à Ottawa. Monologuiste à 16 ans. Radio étudiante à l’Université d’Ottawa à 19 ans. Émission éponyme à la télé communautaire à 23 ans. Spécialité : blagues de mauvais goût exécutées à un rythme hystérique, le plus souvent aux dépens des parents de l’animateur – Tom dessinant au pistolet une scène porno sur le capot de la voiture de son père ; Tom dans la rue se faisant passer pour un aveugle ; Tom en train de traire une vache avec sa bouche. Après trois ans, le Comedy Network canadien diffuse l’émission à l’échelle nationale. Un orignal mort est séduit. Deux ans plus tard, l’émission reprise par MTV connaît un succès monstre aux États-Unis. Green s’installe au sud de la frontière, joue dans des films, dessine sa propre gamme de planches à roulettes et épouse Drew Barrymore. En mars 2000, apprend qu’il a un cancer des testicules et quitte le Tom Green Show pour se faire traiter. Est aujourd’hui séparé a) de sa femme et b) d’un de ses testicules.

En juin 2003, après une période de repos, un Tom Green nouvelle mouture revenait sur les ondes de MTV, resplendissant de santé, pour animer un talk-show de fin de soirée. Logiquement intitulée The New Tom Green Show, l’émission le présentait vêtu d’un gentil veston, assis derrière un gentil bureau, aux côtés d’un gentil coanimateur et recevant gentiment ses invités. Il y avait bien sûr quelques singeries, mais nulle trace de pis de vache ou de carcasse d’orignal. L’enfant terrible de la comédie avait-il remisé ses culottes courtes ? Tom Green était-il devenu adulte ?

Si vous avez décroché, vous n’êtes pas seul. Les cotes d’écoute du New Tom Green Show, fortes au début, ont vite dégringolé, et les patrons de MTV ont fait tomber le couperet en septembre dernier. À l’aune de Hollywood, l’émission aura duré le temps d’un demi-mariage. Manifestement, les amateurs voulaient l’ancien Tom Green, pas un vieux Tom Green. Au fond, la question qui se pose n’est peut-être pas tant « Est-il devenu adulte ? » que « Va-t-on le lui permettre ? »

« Tu ne vas pas me faire passer pour un vieux schnock, j’espère ? » demande Green, en profitant du soleil et de sa cour, au jour 1 de ce qui devait n’être qu’un congé de 2 semaines, sans s’apercevoir qu’en utilisant l’expression « vieux schnock » il vient de se vieillir de 50 ans. Il ne se laissera pas traiter d’adulte impunément. Pas sans offrir une certaine résistance.

J’ai fait ma première entrevue avec Tom Green en 1998, quand il a fait le saut au Comedy Network. J’avais amorcé la conversation par une série de questions sur les chalets et le ruban adhésif, faisant mine de confondre le jeune comédien avec Red Green, populaire personnage comique au Canada anglais. Le temps a complètement rendu caduque cette mauvaise blague : Tom Green est aujourd’hui célèbre dans le monde entier et assez riche pour prendre sa retraite à 32 ans ; les vidéocassettes de Red Green’s Duct Tape Forever, elles, sont soldées à 99 cents partout au pays. Je rappelle cette première rencontre à mon interlocuteur tandis que nous prenons une bière au bord de sa piscine.

« Ah ! oui, marmonne-t-il. (Manifestement, il ne se souvient de rien, mais un Canadien se doit d’être poli.) Ha, ha !

– Cinq ans plus tard, nous voici en Californie, au bord d’une piscine plus grande que mon appartement. »

Nouveau rire, sincère cette fois. Le rire d’un homme qui a une grande piscine.

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