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Mais le terrain de Chelsea Piers est génial. C’est devenu un lieu de rencontre populaire pour les événements d’entreprise et individuels, bien que ce ne soit pas seulement les négociateurs d’obligations de pacotille et les propriétaires des boutiques d’East Village qui s’y pointent. Interrogé à savoir si des personnalités riches et célèbres sont venues y faire leur tour, un employé de Chelsea Piers a répondu : « Oh oui, il y en a beaucoup. Denzel Washington, Uma Thurman, Brad Pitt. Et cet Anglais qui s’est fait prendre avec une pute. »
De retour à Londres, je vais cogner à la porte d’un appart branché de Notting Hill, qui pourrait aussi bien servir de décor à un nouveau film de l’Anglais-qui-s’est-fait-prendre-avec-une-pute. La porte s’ouvre sur un homme de grande taille aux cheveux hérissés, qui me fait penser à un tournesol. « Entrez, entrez », me dit Johan Lindeberg dans son accent teinté de suédois. Des étalages de vêtements de golf aux lignes pures sont adossés aux murs de sa salle d’exposition privée, le genre de vêtements que portent les joueurs de la PGA Jesper Parnevik et Charles Howell III, et qui font sensation. J’aborde la question du nouveau look au golf : les couleurs vives, les coupes plus ajustées, plus audacieuses. « Tout le mouvement, toute la modernisation de la mode dans le golf, me répond-il en se donnant une petite tape sur la tête, a commencé ici. »
Prada, Hugo Boss, Versace, Armani, Anna Sui, Evisu – tout comme les fabricants classiques de vêtements de golf: Pringle, Lacoste, Burberry et Polo Ralph Lauren – se sont mis à créer avec frénésie de nouvelles gammes de vêtements de golf, adoptant pour la plupart le style découpé ajusté de Lindeberg. Ce mouvement date en fait de janvier 1997, alors que Jesper Parnevik s’est présenté à la Bob Hope Desert Classic portant une tenue qu’on n’avait pas vue depuis longtemps dans un tournoi de la PGA.
Lindeberg explique qu’au milieu des années 1970, mode et golf allaient de pair. Arnold Palmer portait des vêtements qui soulignaient sa musculature. Mais la fin des années 1970 et le début de la décennie suivante ont été désastreux pour la mode du golf. « Tout était si difforme, si bouffant », se rappelle Lindeberg en hochant la tête comme un chef bardé d’étoiles Michelin devant un Big Mac.
À la fin des années 1980 et au début des années 1990, Lindeberg est l’esprit créateur derrière la gamme de jeans Diesel, qu’il quitte en 1996 avec l’idée de créer sa propre collection, laquelle s’adresse aujourd’hui à la même clientèle fortunée et d’avant-garde. Lindeberg choisit des joueurs possédant une grande beauté et une forte personnalité pour endosser ses produits. « Nous sommes en train de concevoir une combinaison-short pour Catrin Nilsmark », m’annonce-t-il en souriant.
Mais habiller Jesper Parnevik était le rêve de Lindeberg. « J’ai toujours trouvé que c’était un très bel homme, mais que ce qu’il portait gâchait le reste. Il ressemblait à Bobby Ewing dans Dallas. » Lindeberg a donc combiné golf, mode et rock’n’roll pour créer le nouveau look de Parnevik : « Ça a marché. J’ai sorti Jesper de Bobby Ewing pour le mettre dans la peau de Steve McQueen. »
Steve Muncey n’est pas Steve McQueen, mais lorsqu’il est temps de donner un peu du même style cool à son magazine, il dit oui. Muncey est le rédacteur en chef de Bogey, une autre publication du Royaume-Uni consacrée au monde du golf. Partout dans le monde, la norme des articles sur le golf se résume en deux mots : terne et prudent. Mais Bogey veut percer un nouveau marché avec un contenu radicalement différent et une prise de position éditoriale renouvelée. Il fait appel à une esthétique qui se distingue de celle de Putt par son attitude dissidente envers la mode, et, aujourd’hui encore, le débat à savoir « lequel est né le premier » continue de faire rage. « Nous cherchons à attirer davantage le golfeur que le designer, affirme Muncey. Nous faisons moins dans l’ironie, tout en tenant à faire moderne. » (« Ils nous copient », rétorque en grimaçant Charlie Koolhaas, rédactrice adjointe de Putt et fille de l’architecte de renom Rem Koolhaas.)
On pourrait discuter longuement des subtilités de la controverse, mais le fait est qu’un groupe de designers, d’éditeurs et de journalistes de talent participent réellement à un débat sur le golf.
À l’angle de Prince et de Green, en plein cœur du quartier new-yorkais de SoHo, la boutique de Johan Lindeberg tente d’émouvoir l’âme (et le portefeuille) du golfeur moderne. Ferragamo est juste en face de la salle d’exposition de Lindeberg. À quelques rues de là, Prada, Armani, Burberry et d’autres maisons de haute couture exposent leur collection saisonnière de vêtements de golf. La nature de la clientèle semble refléter ce que Lindeberg disait dans son studio de Notting Hill : le changement au golf n’est pas vraiment une question de jeunesse. «C’est une question de modernisme », conclut-il en fendant l’air de la main pour appuyer ses dires.
La mode est maintenant aussi importante pour le golfeur moderne que le handicap et l’heure du départ mais, surtout, le golf a pris de l’importance pour l’univers parfois hermétique de la mode. Parallèlement à cette tendance, de plus en plus d’adeptes jouent au golf pour le simple plaisir de frapper la balle. Le jeu moderne n’a tout simplement plus rien à voir avec ce qu’il était il y a une génération ou même cinq ans. Étonnamment, ce sport jadis fermé à la jeunesse et à la mode est devenu le terrain d’essai subversif de la modernité vestimentaire.
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