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UN LOOK QUI SWINGUE!
Texte: CURTIS GILLESPIE
Le golf n’est plus ce qu’il était…
Je l’ai constaté au bar du TopGolf à Watford, à environ 40 minutes de voiture au nord de Londres. Là, chaque balle est munie d’une puce servant à retracer sa trajectoire, mais cette technologie innovatrice et spectaculaire ne peut expliquer à elle seule le type de clientèle : un rastafarien vêtu d’un habit acheté sur Saville Row ; trois adolescents des Indes orientales arborant toques et pantalons bouffants ; deux jeunes en maillot de soccer aux couleurs de l’équipe d’Angleterre, éclusant leur bière à un rythme alarmant.
Bref, ce n’est pas à cela que le golf nous avait habitués.
Jusqu’à tout récemment, le golf, en plus d’être un sport, constituait un emblème sémiotique pratique. Pour décrire un certain type d’homme (le stéréotype veut qu’il conduise une Cadillac, habite une petite communauté bien clôturée et ait pour seul contact avec une peau de couleur l’examen de ses taches de vieillesse), vous n’aviez qu’à dire : « Il aime le golf. »
Plus maintenant. Le jeu est hyper-tendance, super-génial et vachement cool. Bien sûr, ce changement est surtout attribuable à Tiger. Tant de jeunesse, de beauté et de talent auront nécessairement un impact. Mais on voit le golf partout. Les magazines à la mode en parlent, tout comme les guides Zagat ; P.Diddy y joue et les dessinateurs de mode cultivent son look. Les alliés de Tiger dans l’évolution du golf se répartissent en deux tendances : la révolte grandissante contre la classe et les privilèges, et l’émergence étonnante du golf dans les grands centres mondiaux de la mode.
Le terrain de golf Richmond Park, à Londres, est situé près d’un coin de campagne anglaise idyllique, mais la première chose que j’y aperçois est une fillette portant des jeans au bas bordé de rose et des oreilles de lapin rose fluo. Elle tient un fer droit raccourci et fait signe à son père de s’éloigner de sa ligne de mire. Bruce Cuff, directeur de la section golf de Richmond Park, me confirme : «C’est comme ça ici : des garçons de 12 ans, des dames, des personnes âgées, des hommes, monsieur et madame Tout-le-monde quoi. Leur argent est aussi bon que celui de n’importe qui. »
Autrement dit, les gens viennent ici jouer au golf et non s’enfermer dans le petit monde du golf : sociabilité, carte de membre, privilèges, regard de haut sur les petites gens… En fait, les petites gens prennent de plus en plus de place à Richmond Park. Et elles semblent s’y amuser drôlement !
La personne qui m’avait suggéré de venir à Richmond Park répond au nom de Pete Gorse (en Écosse, on appelle gorse le petit buisson hérissé d’épines qui vous guette le long des parcours). Pour un homme à la tête d’une compagnie – Refugees – cherchant à réformer la mode des vêtements de golf, il porte bien son nom. Son tissu de prédilection : le denim, que les clubs privés considèrent avec plus d’horreur que le pantalon de polyester Sansabelt, chic mais décontracté. Les créations de Refugees ont même paru dans le magazine GQ.
Le bijou de la ligne Refugees est le pantalon de denim Cheat Pants. « Ils ont une poche secrète avec un trou, dit Gorse en riant. C’est génial ! » Les instructions se lisent comme suit : « 1. Tenez-vous là où vous souhaitez voir la balle atterrir. 2. Faites tomber la balle par le trou de la poche secrète. 3. Marchez un peu autour pendant que la balle glisse le long de votre jambe. 4. Essayez de ne pas avoir l’air trop fier. »
Récemment, Gorse et son équipe ont fait un autre trou d’un coup en lançant le Binbag, un sac de golf jetable en plastique, et son accessoire préféré, la balle de golf noire. « Elle est difficile à voir dans l’herbe longue, admet-il, mais bien plus facile à repérer dans les airs. En fait, on dirait une motte de terre qui vole. »
Les traditionalistes ont développé une antipathie violente envers la « motte volante », l’accusant d’aller contre l’esprit du jeu. Gorse rejette les critiques, mais avoue malgré tout que la gamme Refugees n’est pas directement offerte en Amérique du Nord pour une autre raison : « Les États-Unis sont trop portés sur les poursuites judiciaires. Qu’arriverait-il si quelqu’un était tué par une balle de golf noire ? »
L’endroit où la balle de golf noire pourrait au moins « voler »… la vedette, c’est New York. Me voici dans une brasserie dans le Lower West Side de Manhattan ; j’attends le « patron » d’un nouveau magazine de golf hyper-tendance. C’est alors que m’aborde un grand adolescent habillé de vêtements grunge à la mode provenant d’East Village. Il me tend la main et se présente comme étant Greg Stogdon, rédacteur en chef de Putt. Ce jeune homme de 24 ans, intelligent et ambitieux, qu’on prendrait pour un vendeur de maïs soufflé, est en fait un agent de changement dans le monde du sport et de la mode.
L’intérêt de Stogdon pour la mode et le design remonte à ses études à la St. Martin’s School of Fashion de Londres, dans le programme « Promotion et communication de la mode », fréquenté également par Stella McCartney et John Galliano. En fait, Putt est né d’un devoir scolaire en design de magazine : « J’ai toujours fait énormément de sport et joué beaucoup au golf. Mais l’aspect des magazines de sport m’épouvantait : laid, laid, archi-laid. » Alors il s’est dit : « Il y a plein de joueurs dans le monde qui ont du style et de l’argent, mais rien d’intéressant à lire. » Ainsi est né Putt, un magazine ultra-stylisé aux couleurs vives, aux photos inventives et à l’humour insolent (contrairement au tout récemment défunt magazine américain Maximum Golf, qui semblait miser davantage sur l’esthétique des publicités de bière).
Stogdon a fait imprimer 200 exemplaires du premier numéro en juin 2001 et les a placés dans des boutiques huppées de Londres. Le succès immédiat de Putt au Royaume-Uni coïncide avec la préparation d’une série télévisée de six épisodes sur le golf intitulée Swingers et animée par le documentariste Les Rowley, qu’on voit également dans une émission consacrée à la nature changeante du golf, TV Caddy, sur Channel 4. À la fin du printemps, le troisième numéro de Putt, axé sur New York, sera aussi offert aux lecteurs nord-américains.
Après notre entretien, Stogdon et moi marchons vers le nord en direction du terrain de pratique Chelsea Piers situé sur le Quai 61 de Manhattan. Une foule jeune et diversifiée fréquente ce terrain automatisé de quatre étages où la balle de golf est placée sur le tee par un mécanisme pneumatique caché sous le sol (une technologie qui donne un argument de plus à ceux qui soutiennent que le golf n’est pas un sport : « C’est ça, ils n’ont même plus besoin de se pencher ! »).
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