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LE CANAL MOI

Texte: DON TAPSCOTT

À deux doigts du Graal de la convergence numérique, la sueur commence à perler au front des dirigeants des réseaux de télévision. Pendant des décennies, ils ont traité leurs auditoires comme des marionnettes. Mais nous nous apprêtons à couper les ficelles. Debout, armés d'outils haute technologie comme le magnétoscope personnel numérique (PVR), nous prendrons en main l'avenir de nos loisirs multimédias.

Vous n'avez pas encore de magnétoscope numérique ? Après en avoir vu un, vous ferez des bassesses pour l'obtenir. On peut s'en procurer aux États-Unis depuis 1997, et depuis quelque temps au Canada. J'en ai un. Côté technologie, il est assez rudimentaire, si on le compare aux modèles qu'on verra bientôt, mais son effet chez moi est déjà impressionnant.

C'est moi qui choisis désormais l'heure de grande écoute. Je regarde ce que je veux, quand je veux. Si je préfère regarder le début du journal télévisé à 22 h 17 plutôt qu'à 22 h, pas de problème. Fini les horaires télé des journaux.

Quelques heures avec ce gadget, et vous comprenez pourquoi votre magnétoscope actuel est dépassé. Un magnétoscope ordinaire tente de faire deux choses : lire des vidéos et enregistrer des émissions qu'on pourra regarder plus tard. Médiocre ! La qualité de l'image et du son des vidéocassettes louées est pitoyable, et l'enregistrement d'une émission de télévision est une entreprise tellement compliquée que la plupart des gens abandonnent.

Pour leur consommation vidéo, les gens se ruent actuellement sur les lecteurs DVD ou les consoles de jeu, qui offrent une bonne qualité son et image, un choix de pistes audio et des trucs comme le ralenti. Mais pour enregistrer des émissions de télévision à regarder plus tard, plus rien ne vaut le magnétoscope personnel numérique.

Si l'on compare le magnétoscope ordinaire à l'animation d'une fête d'enfants par Toto le clown, alors le PVR est l'équivalent du Cirque du Soleil. Sa supériorité tient au disque dur (plutôt qu'une bande vidéo) utilisé par son système mémoire.

Avec un magnétoscope numérique, l'enregistrement d'émissions télé est un jeu d'enfant. Il suffit d'appeler l'horaire télé sur l'écran, de sélectionner l'émission désirée et d'appuyer sur un bouton. Pour regarder une émission, il suffit de faire défiler la liste des émissions enregistrées, d'en choisir une et d'appuyer sur " Play ". Pas d'histoires, pas de cassette. Les plus récents modèles vendus aux États-Unis comportent tous une batterie de disques durs qui peuvent mettre en mémoire jusqu'à 320 heures de données vidéo.

On peut aussi regarder le début d'une émission pendant qu'on en enregistre encore la fin. Si l'on frappe à la porte ou que le téléphone sonne, on appuie sur " Pause " ; ensuite on peut reprendre sans rien perdre de l'émission. On peut regarder la reprise du but gagnant autant de fois qu'on le désire, ou faire disparaître les messages publicitaires.

Les responsables de la programmation à la direction des réseaux ne régissent plus l'organisation de notre vie, c'est la télévision qui se plie à nos besoins. Sur certains modèles vendus aux États-Unis, un astucieux logiciel épluche la liste électronique des émissions de tous les canaux pour trouver et enregistrer celles qui correspondent à nos critères - tous les matchs de tennis, tous les films mettant en vedette Dustin Hoffman, etc.

De plus en plus, ces appareils se branchent à Internet. On peut programmer son magnétoscope personnel à partir du bureau, sur son ordinateur ou sur son assistant numérique. Certains magnétoscopes munis d'accès Internet offrent même la possibilité d'envoyer des émissions par courriel à d'autres branchés. Comme Napster, mais en vidéo.

Quand l'accès Internet sera intégré à tous ces magnétoscopes, on pourra vraiment parler de convergence des communications, du contenu et des technologies informatiques - moi, j'en parle depuis 10 ans. Il ne reste qu'à ajouter des fils partout dans la maison, quelques écrans et des haut-parleurs pour que ce seul appareil suffise à satisfaire tous les besoins de la famille.

Plusieurs sociétés s'intéressent à la production de cet appareil et aux profits découlant de son utilisation. Au Consumer Electronics Show de Las Vegas, au début de l'année, on ne parlait que de cela. Selon Bill Gates, le meilleur appareil intègre un ordinateur équipé de Windows XP. Steve Jobs, d'Apple, affirme que son nouveau iMac donne de meilleurs résultats. Les fabricants de magnétoscopes sont formels : les solutions qui nécessitent l'utilisation d'un ordinateur sont onéreuses et encombrantes. Les entreprises de jeux vidéo comme Sony et Nintendo veulent aussi leur part du gâteau.

En tant que consommateurs, le plus difficile est d'éviter d'être submergés par le choix. La diffusion par câble ou par satellite offre chaque semaine beaucoup d'émissions qui correspondent à nos goûts, aussi pointus, excentriques ou intellectuels soient-ils. Si l'on ajoute à cet éventail tout ce qu'offre Internet, on peut en perdre la tête.

C'est pourquoi nous consulterons bientôt des conseillers en infodivertissement numérique, qui nous orienteront, comme le font déjà les agents de voyage et les critiques de cinéma. Mon conseiller comprendra mes besoins et, à l'aide de logiciels, passera au crible les bases de données des spectacles et des réseaux de télévision du monde entier, afin d'y dénicher ce qui me plaît. Puis, l'ordre d'enregistrer se transmettra par Internet, directement à l'appareil trônant dans ma salle de jeu. Le concept même de réseau de télévision disparaîtra ; plus qu'un seul canal intéressant : le canal Moi.

 


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