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SUR LA ROUTE DE MALTE
Texte: DANIELLE ADAMS
The text goes here.Sept mille ans de civilisation n'ont pas empÊché l'archipel méditerranéen de rester, secret, à l'abri des foules.
Un vendeur ambulant au gilet douteux s'approche en douce d'un groupe d'hommes attablés au bar King George, au centre de Rabat. Il jette un coup d'œil furtif par-dessus son épaule, pour s'assurer qu'aucun policier n'est dans les parages, puis il sort un petit sac de sa veste et l'ouvre. Les autres s'étirent le cou, jettent un coup d'œil, puis versent quelques lires maltaises au vendeur, qui leur remet un billet de tombola.
Une fois tous les billets vendus, la femme aux cheveux platine, qui accompagne le vendeur, tire un numéro. Le gagnant reçoit le prix, le contenu du sac : dans une cage plus petite qu'une boîte de kleenex, un chardonneret qui frissonne. Et on se prépare à recommencer le manège.
« Les Maltais sont fous des oiseaux », dit l'un des hommes, comme s'il voulait expliquer cette quasi-obsession qui remonte à la nuit des temps. Les autres clients du King George font comme si de rien n'était. Les tombolas de ce genre sont illégales et le poste de police est à deux pas.
Les coutumes ont la vie dure à Malte, et certaines traditions locales sont parmi les plus vieilles du monde. Avant l'invention de la roue ou la construction de Stonehenge, des gens érigeaient ici des temples mégalithiques en hommage à la déesse de la fertilité. Depuis, ce petit coin du monde, entre l'Europe et l'Afrique, là où la Méditerranée se fait plus étroite, a reçu la visite de toutes les civilisations maritimes, qui toutes y ont laissé leur marque. (Malte est en fait un archipel formé d'une grande île - Malte - et de deux plus petites - Gozo et Comino.)
La campagne est si riche de vestiges anciens qu'on prend l'habitude d'y regarder toujours à deux fois au cas où un vulgaire caillou se révélerait un artéfact précieux. Peu d'autres pays ont autant d'histoire au kilomètre carré : déesses aux seins flasques dans la région des temples, catacombes romaines, poésie arabe gravée dans la pierre, églises au baroque flamboyant, vestiges de la présence militaire britannique et, bien sûr, 25 kilomètres de fortifications. Le tout sur un territoire plus petit que l'île de Montréal.
Au King George, dans le brouhaha des conversations, certains mots fusent qui semblent familiers. La langue maltaise vient de l'arabe parlé en Tunisie au xie siècle et reste la seule langue sémitique à utiliser l'alphabet romain. Au fil des ans, cette langue a subi de nombreuses influences. À preuve : en maltais « bonsoir » se dit bonswa, un mot qui remonte sans doute au temps des chevaliers français ; « merci » se dit grazzi, témoin de la proximité de l'Italie ; et « allô » se traduit par merhba, un mot aux sons gutturaux, d'influence arabe.
Tandis qu'au bar les hommes continuent d'acheter des billets de tombola illicite, dans la ville voisine de Cospicua les fidèles se préparent à célébrer la festa de l'Immaculée-Conception. Dans les campagnes, les hommes allument des pétards toute la journée après avoir décoré l'église de grands panneaux de damassé rouge et installé des chandeliers. Il y a une centaine de ces fêtes à Malte chaque année. La célébration commence par une messe, dure toute la journée, et se termine par une grande procession dans les rues de la ville.
Les cloches de l'église carillonnent. La procession se prépare. Un jeune papa, vêtu d'une chemise Dolce & Gabbana, porte son fils sur ses épaules tout en protégeant une grand-mère dans la foule qui se presse autour de l'église. Un feu d'artifice pétarade et les portes de l'église s'ouvrent pour laisser passer un cortège de prêtres, d'enfants de chœur et d'hommes âgés portant bannières et candélabres. Enfin, 12 hommes trapus, ployant sous l'effort, soutiennent une immense Vierge Marie plaquée argent, plus grande que nature, qu'ils transporteront dans les rues en pavés, étroites et sinueuses.
Selon les insulaires, ces traditions remontent à Paul, l'apôtre des gentils. En l'an 60 de notre ère, dit-on, saint Paul se rendait à Rome pour y être traduit en justice lorsque son navire fit naufrage. Échoué à Malte, il convertit les habitants de l'île et y créa l'une des premières communautés chrétiennes du monde.
L'automne dernier, cependant, c'est Madonna qui a su émouvoir les Maltais lorsqu'elle a accosté leurs rives. La diva du pop et son mari, le réalisateur Guy Ritchie, sont en effet venus filmer à Malte leur plus récent film, Love, Sex, Drugs & Money. Grâce à son architecture pétrie d'histoire, Malte est devenue un lieu de tournage très prisé. Le faux Colisée où Russell Crowe a combattu dans Gladiateur avait en fait été construit de toutes pièces à Malte.
Guy Ritchie est resté si ébloui qu'il projette de revenir y tourner un long métrage sur le fameux siège de Malte. Au milieu du xvie siècle, Malte est devenue le quartier général des chevaliers de Saint-Jean, un ordre fortuné créé pendant les Croisades pour s'occuper des pèlerins chrétiens qui, en route vers Jérusalem, avaient besoin de soins médicaux. En 1565, les chevaliers parvinrent à repousser l'invasion d'une armée turque de plus de 35 000 soldats.
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