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LES QUARTIERS LES PLUS BRANCHÉS DU CANADA

Texte : JEAN BERNARD, MANON CHEVALIER, JOSHUA KNELMAN, PHILIP PREVILLE, MIREILLE SILCOFF

Révolue l'époque où l'on quittait le nid familial pour vivre dans le même environnement que celui de ses parents. Aujourd'hui, le jeune infographiste typique cherche un milieu relax et sympa où il peut retrouver sa tribu et s'adonner à ses activités préférées. Surtout, il aspire à un quartier qui renforcera son sentiment d'indépendance et qui reflétera ses envies, bref, un quartier branché.

enRoute vous présente son premier sondage sur les quartiers les plus branchés du Canada, mené auprès de 38 personnalités canadiennes. La sagesse populaire veut qu'un quartier étiqueté " branché " perde aussitôt ce qui faisait son charme. Mais, de nos jours, la démocratisation et la commercialisation du facteur branché font en sorte que la présence accrue des Starbucks et des Gap ne suffit plus à gommer entièrement le caractère d'un quartier. À preuve, deux zones largement commerciales - le Queen West à Toronto et le Plateau Mont-Royal à Montréal - remportent l'or et l'argent à notre palmarès.

Les 10 premiers quartiers au classement recèlent quelques surprises. Ainsi, le quartier de la Bourse (Exchange District), à Winnipeg, occupe-t-il la 7e place, malgré une population d'à peine 254 personnes - ce qui démontre que, même en cette ère de branchitude institutionnalisée, on ne sait jamais ce qui fera mouche.

Toronto
QUEEN STREET WEST
Population : environ 10 000
Carrefour principal : Queen Street West et Bathurst
Coût moyen d'un loft en 1996 (1 c. à c., 700 pi2) : 130 000 $
Coût moyen du même loft en 2001 : 210 000 $
Nombre de places chez Swan : 36
Quantité d'huîtres écaillées chez Swan le vendredi soir : 125

Queen Street West échappe à la notion de ‹‹ quartier ››. Couvrant pas moins de 25 îlots urbains, cette rue se fragmente en tronçons très diversifiés. De University à Spadina s'étend la zone des loisirs, pivot de la culture juvénile depuis que MuchMusic a emménagé dans l'édifice ChumCity (299 Queen West) il y a 15 ans. Ce tronçon accueille aujourd'hui des boutiques connues (Roots, Gap, Caban) et des bars : les soirs de week-ends, on assiste à un aréopage de jeunes silhouettes court vêtues.

Les vrais trésors se situent entre Bathurst et Trinity-Bellwoods Park. Depuis 10 ans, galeries, boutiques de vêtements et de meubles ont insufflé la vie à ce secteur. Pour des ameublements design conçus par de grands stylistes, rendez-vous chez Quasi Modo (789 Queen West) et Fluid Living (622). La boutique d'antiquités Red Indian (536) se spécialise dans l'Art déco. Arrêtez chez Dufflet (787) pour déguster les meilleures pâtisseries en ville. À la ligne d'arrivée, gavez-vous d'huîtres, de côtes levées, de bifteck ou de canard chez Swan (892).

Toutes les races et toutes les histoires convergent ici. Rien de tel, pour se plonger dans ce creuset, que le tram 501, le plus achalandé de Toronto.

" Mon quartier, c'est la convivialité d'un village, mais dans une grande ville. J'y trouve en fait ce que j'aime le plus de Toronto. "
Floria Sigismondi
Réalisatrice de vidéos



Montréal
LE PLATEAU MONT-ROYAL
Population : environ 100 000
Carrefour principal : boulevard Saint-Laurent et avenue des Pins
Coût moyen d'une unifamiliale en 1997 : 160 000 $
Coût moyen d'une unifamiliale en 2001 : 232 001 $
Kilos de viande fumée vendus le vendredi soir chez Schwartz : 270
De sa limousine, elle téléphone régulièrement chez Schwartz pour annoncer son arrivée : Céline Dion

Immortalisé par Mordecai Richler et Michel Tremblay, le Plateau Mont-Royal est le cœur même de la ville. Ses triplex aux célèbres escaliers extérieurs tournants s'étendent du pied du mont Royal aux abords du Stade olympique à l'est.

Jusqu'au milieu du siècle dernier, l'artère centrale du Plateau, le boulevard Saint-Laurent, concentrait les commerces tenus et fréquentés par les immigrants. Puis, à la fin des années 60, les logements spacieux et bon marché du Plateau attirèrent les artistes de la contre-culture. À la fin des années 90, la jeunesse francophone et anglophone de Montréal s'était approprié ce quartier cosmopolite avec ses rôtisseries portugaises (Rôtisserie Portugalia, 34, Rachel O.) et ses comptoirs deli (Schwartz, 3895, Saint-Laurent). Les propriétaires ont mis un certain temps à tirer parti de cette élitisation. Jusqu'à tout récemment, grâce au ralentissement économique d'après le référendum, on pouvait encore y dénicher un appartement de trois chambres à coucher pour 600 $ par mois !

Depuis, les loyers ont grimpé en flèche et le taux d'inoccupation n'atteint pas un pour cent. De Sherbrooke à Rachel, le boulevard Saint-Laurent est le paradis des oiseaux de nuit : restos fréquentés par les stars (Globe, 3455, Saint-Laurent), bars et boutiques design (Space FB, 3632, Saint-Laurent). Rue Saint-Denis, on se donne rendez-vous au resto français (L'Express, 3927, Saint-Denis). Bien que la flambée des prix ait chassé bon nombre de gens du quartier, les jeunes créateurs y sont encore nombreux : celui-là tourne un film, cet autre est DJ dans un bar, celle-là rédige sa thèse de doctorat.

" avec ses cafés italiens, ses bazars à l'église polonaise, ses bagels et ses bortschs, qu'il soit de plus en plus branché ou non, ce quartier gardera toujours son charme. "
Alexandra Spunt
directrice du repérage de mannequins, Next Canada

Montréal
Vieux-Montréal
Population : environ 3 500
Carrefour principal : McGill et Saint-Paul Coût moyen d'un condo en 1997 : 195 000 $
Coût moyen d'un condo en 2001 : 365 000 $ Coût moyen d'un repas chez Cube : 100 $
Coût moyen d'un repas chez Stash : 12 $

Ce quartier historique, qui comprend le Vieux-Port de Montréal, le Marché Bonsecours et la basilique Notre-Dame, a eu son moment de gloire dans les années 70 grâce à ses lofts et à sa musique d'avant-garde, mais il n'aurait pu se hisser à notre palmarès jusqu'à tout récemment. Certes, on y trouve des institutions locales, notamment le resto polonais Stash (200, Saint-Paul O.), mais le Vieux-Montréal a perdu son cool dans les années 80 et 90 avec l'arrivée de McDonald's et de IMAX. Le boom économique a empêché ses rues en pavés arrondis de devenir des pièges à touristes : en 1996, on planifia la construction du vaste complexe techno de la Cité du Multimédia à l'ouest de McGill. Aussitôt, le quartier s'enrichit de petits hôtels chic, de restaurants (Soto, 500 et 506, McGill, temple des sushis) et de boutiques élégantes, par exemple Want Stil (231, Saint-Paul O.).

Le soir, l'élite fréquente des établissements vertigineusement chers (Cube, 355, McGill). Le quartier est encore peu populeux, mais les lofts reconvertis et les condos toujours plus nombreux attirent des gens prêts à se passer de supermarchés, de stations d'essence et de méga-pharmacies pour jouir d'un petit coin d'Europe en plein Montréal.

" samedi matin : Réveil au son des cloches de l'église et du trot des chevaux. puis le journal, et un croissant, et un café au lait à la terrasse de la boulangerie. "
Byron Peart
propriétaire, boutique Want Stil

Vancouver
WEST END
Population : 41 000
Carrefour principal : Davie et Denman
Coût moyen d'un appartement en 1996 (1 c. à c.) : 140 000 $
Coût moyen d'un appartement en 2001 (1 c. à c.) : 172 290 $
Vélos loués en une journée à la Denman Bike Shop : 200
Population âgée de 20 à 39 ans : 51,5 %

Le West End de Vancouver, l'un des quartiers les plus densément peuplés du Canada, s'étend le long de la péninsule, vers l'ouest, du quartier des affaires au parc Stanley. Les rues Davie et Robson, que relie le couloir commercial de Denman Street, regroupent restaurants (CinCin, 1154 Robson), brasseries (Fox & Firkin, 1762 Davie) et cafés (Bidwell Bistro and Cafe, 1707 Davie).

Les rues résidentielles ombragées sont tout près. Il y a plus d'un siècle, la bourgeoisie de Vancouver défricha ces terres pour y fuir le chaos urbain. Depuis, de vastes demeures victoriennes (transformées en condos) voisinent les tours d'habitation érigées ces 30 dernières années. Dans ce quartier envahi par les grands ensembles, les rues sont le théâtre des baby-boomers : il s'y passe toujours quelque chose.

Le sud du West End, sur la péninsule, forme une plage magnifique. La digue, accessible au public, est parfaite pour les randonnées à vélo et en patins : la Denman Bike Shop (710 Denman) fait d'excellentes affaires. Le ruban d'herbe au bord de la mer, avec ses vendeurs de hot-dogs et ses chanteurs ambulants, attire les pique-niqueurs. Le pouls du quartier bat à l'angle de Davie et Denman, juste à côté du très populaire resto Raincity Grill (1193 Denman) : on peut y admirer la mer sans même s'étirer le cou.

" J'aime le West End pour la densité et la diversité de sa population. Le quartier bourdonne à toute heure. "
Timothy Taylor
Écrivain

Toronto
LITTLE ITALY
Population : environ 10 000
Carrefour principal : College et Clinton
Coût moyen d'un appartement en 1996 (1 c. à c., 700 pi2) : 130 000 $
Coût moyen d'un loft en 2001 : 225 000 $
Pizza la plus populaire chez John's Classic : chèvre et pesto Temps record entre la garniture d'une pizza et l'enfournage : une minute

Mélange harmonieux de style européen et de néo-clinquant, College Street West, la rue principale de Little Italy, est une zone de partage ethnique typique. Après la Seconde Guerre mondiale, ce quartier à dominante juive du sud-ouest de Toronto (entre Bathurst et Ossington) fut peu à peu occupé par un nombre croissant d'Italiens et de Portugais. Au milieu des années 80, les jeunes familles et les étudiants, en découvrant ses logements bon marché, lui ont conféré des goûts plus raffinés et une activité musicale vivifiante.

Un must : délaisser l'artère principale pour découvrir de petites rues animées où s'entassent des maisons en brique rouge. En dépit de l'invasion des Subway et des Starbucks, Little Italy a su préserver son authenticité (la vraie pizza, on la retrouve chez John's Classic, 591 College). Le jour, des effluves de pain portugais, de viande fraîche et de poisson grillé flottent dans l'air. Le soir, gens du lieu et banlieusards aventureux fréquentent les bars et les restos italiens, dont le fameux Bar Italia (582 College), le vieux Café Diplomatico (594) et l'obscur College St. Bar (574). Les clubs rock et les salles de billard s'animent. La ‹‹ botte ›› italienne, suspendue à tous les lampadaires, illumine la nuit.

" Mon Toronto multiethnique : un café de style méditerranéen, qui jouxte un resto branché, des bars grunge, une salle de billard et une boutique de vêtements pour enfants. "
Daniel Richler (avec sa fille Poppy)
rédacteur en chef, Book Television

Edmonton
OLD STRATHCONA
Population : environ 25 000
Carrefour principal : Whyte Avenue et 104e Rue
Coût moyen d'une unifamiliale en 1996 : 120 000 $
Coût moyen d'une unifamiliale en 2001 : 200 000 $
Spectateurs du Fringe Theatre Festival en 2001 : 570 000
Heures de bénévolat consacrées au Fringe Festival en 2001 : 26 787

Autrefois, Old Strathcona n'était connu que pour sa halte matinale, la crêperie Uncle Albert's, sur Whyte Avenue. Puis vint le Edmonton Fringe Theatre Festival en 1981, le premier et le plus important festival de théâtre alternatif du pays. Avec lui, théâtres, boutiques, restaurants et sous-cultures s'installèrent dans Old Strathcona pour de bon.

De part et d'autre de Whyte, les immeubles à appartements de quatre étages dominent. Au nord, vers la rivière, ce sont les unifamiliales et les grands terrains. Ce mélange attire des styles de vie très divers. La librairie Greenwoods' Bookshoppe (10355 Whyte) sert le gratin ; les samedis, le Old Strathcona Bus Barn (84e Avenue) héberge un superbe marché maraîcher. La nuit, le festival se poursuit toute l'année dans Whyte Avenue, quand l'envahissent les étudiants de l'Université de l'Alberta toute proche. Les amateurs de jazz se retrouvent au Yardbird Suite (11 Tommy Banks Way), alors que la piste de danse chauffe au Parliament (10551 82e Avenue).

" Le quartier est comme ces livres dont vous êtes le héros - à chaque visite, l'aventure est différente, mais elle reste toujours vivante et rafraîchissante. "
Darryl Lindenbach
producteur artistique, Edmonton Fringe Theatre Festival

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