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MÉFIEZ-VOUS DES IMITATIONS (p. 2 de 3)
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Depuis le pont du Minsk, on aperçoit les centaines de conteneurs, empilés comme un jeu de blocs, qui attendent dans le port de Shenzhen, lun des plus achalandés de Chine. Cette ville est entièrement vouée au plus vite, au plus grand, au plus jeune. Quatre-vingt-dix pour cent de la population est née ailleurs en Chine, et son âge moyen est de 27 ans. Difficile de trouver dans le monde un lieu aussi totalement ancré dans le présent.
Cette impression est confirmée par une visite au musée de Shenzhen, où quatre étages sont consacrés à la brève histoire de la ville. Sur les murs, un gigantesque diorama témoigne du progrès en deux photos, la première montrant le territoire brut, en 1980, et lautre, le paysage urbain moderne. Au deuxième, une bannière proclame, dans une traduction énigmatique : « Pionniers de la création une seconde fois ». Voilà un slogan assez exact pour une ville à la fine pointe de limitation.
Le lendemain, dans les embouteillages du matin, je prends la route du nord et franchis les collines, passant devant des tours dhabitation, dont lune arbore une immense bannière, haute de huit étages, sur laquelle un jeune cow-boy à peau blanche et barbe de trois jours annonce les jeans Weipeng. Le club de golf Mission Hills est à une heure de route au nord de la ville, dans le petit secteur champêtre qui sépare encore Shenzhen de la ville de Dongguan. Cest le plus grand golf au monde, 180 trous, dessiné par de grandes vedettes de la PGA tels Jack Nicklaus, Ernie Els et Vijay Singh. On doit excaver des collines dargile rouge, là où le dernier terrain sera aménagé, et une vieille camionnette bleu pâle chargée douvriers grimpe laborieusement la côte. Quelques centaines de « cadettes » (le club compte 2 000 jeunes filles embauchées comme caddies), assises dans leurs voiturettes, attendent les clients. Des gardes armés font la patrouille et des Australiens, brûlés par le soleil, sirotent leur gin et se plaignent de leur élan. Mission Hills nest quun parc thématique de plus, une sorte de Monde du golf.
Au crépuscule, je choisis un restaurant de Luohu, site de lancien village de pêche. Une voie du chemin asphalté a été excavée pour permettre des réparations, laissant un cratère béant le long des devantures de restaurants. Les propriétaires en profitent pour squatter le territoire, installer des centaines de tables de plastique blanc couvertes de nappes rose bonbon, suspendre des lanternes. Une circulation hétéroclite avance péniblement dans la seule voie restée ouverte. Un homme à bicyclette vient livrer une brassée de poulets morts. Je commande une Kingway, la bière locale, et savoure méduse, crevettes et nouilles de riz en compagnie dune centaine de familles.
Puis je rentre à lhôtel. Une armée de petits commerçants, dans de minuscules kiosques, continuent de faire des affaires, vendant des produits de toutes sortes : fruits, noix, dragons de papier, matelas, téléphones cellulaires. Engagé dans une rue à sens unique, javance lentement, à contresens.
Le lendemain matin, visite du parc thématique Splendid China, qui raconte, en version condensée et miniaturisée, 5 000 ans dhistoire chinoise. La Grande Muraille sy étire sur 1 km ; ses pierres, de la grosseur dune boîte dallumettes, ont été alignées patiemment une à une, au rythme de 1 m par jour. Je vois des répliques de 50 cm des célèbres soldats de terre cuite, et une maquette de la Cité interdite et du mausolée de Gengis Khan. La nuit, une production spectaculaire donne vie à lhistoire et met en scène une centaine de danseurs, des cavaliers mongols, du feu, des chutes deau et beaucoup de lumière. Le gérant du parc me confie fièrement quun producteur de Las Vegas a vu le spectacle et la jugé supérieur à tout ce qui se fait chez lui. Cest peut-être vrai, mais il est désolant quune civilisation vieille de 5 000 ans veuille être validée par un parvenu de Vegas. (Soit dit en passant, un Splendid China a été établi en Floride en 1994, mais il a fermé ses portes lan dernier, le nombre de visiteurs quotidiens étant tombé à 250 tandis que, à deux pas, Disney World en attire plus de 50 000 par jour.)
Aujourdhui, cest Disney qui samène en Chine. Une semaine avant mon séjour à Shenzhen, je faisais de la voile dans Discovery Bay, à Hong Kong, et jobservais le site du futur parc Disney, dont louverture est prévue pour 2005. Une forêt de grues multicolores dominait les terres asséchées dun ancien marais, et les trois premiers étages dun hôtel en forme de U se tenaient déjà debout. Les exploitants pensent que, dici cinq ans, le gros de leur clientèle viendra de Chine continentale.
Quelle version fictive de la réalité triomphera ? Ocean Park, le parc thématique de Hong Kong, fait des pressions sur le gouvernement pour quil laide à lutter contre la menace étrangère. Les parcs de Shenzhen sont plus authentiques (il y a de vrais villageois au China Folk Culture Village), mais lauthenticité, même à petite dose, na pas la cote ici. Bienvenue chez Mickey. [ ]
Où se restaurer Où se loger Quoi faire... >
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