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Prix Littéraires Radio-Canada – Second prix – Poésie

POURQUOI IL NE PLEUT PAS

Texte: KIM DORÉ

1   |   2   |   AOÛT 03

Il existe une science de la douleur
dis-tu au moment où j'allume les livres
quelque chose de sombre et la glace
de tous les concepts un seul amour
enroulé vers toi un dernier ventre
pour les mots interdits ne dors pas
j'ai besoin que tu mentes encore

fétide éternité il pleut des morts
à crever les yeux mon amour
ce dieu-là s'évapore chaque fois
que tu parles les oiseaux de proie
s'arrachent les cendres et l'image
lentement jaunit dans les miroirs
dans les sables mouvants la lumière
disperse les os ce qu'il reste de sang
lentement le ciel s'arrête ecchymose
arc-en-ciel il faut être bien sombre
à présent pour ne pas le voir

sombre je dis pour ne pas faire semblant
de vivre interrompu j'en ai vu
s'arracher la peau avec rien
éparpiller cadavres calculs
le long des villes et de l'hiver
quadrilatère humain de soufre
et de faim lumière dans les poumons
des pierres plein la bouche
il faut souffrir très vite amour
avant qu'on nous repère

elle respire encore au bout de la ruelle
le sommeil trou noir toujours bouche bée
mouche d'amour chimère elle aime
les romans très longs et l'ange qui sourit
au mur des cathédrales un sabre
dans les yeux fin du monde sous sa robe
le vent souffle sur elle rien ne bouge
un mot pour coudre les lèvres du siècle
elle attend parmi les oiseaux noirs
que les tours s'effondrent

tout ça pour ne plus écrire
les yeux pleins de sable les doigts
plantés dans le limon à regarder
souffrir une mère plantée là
entre deux arbres comprends
que je ne parle plus pour les morts
mais sous le poids d'un monstre immuable

l'enfant replie ses genoux
pour compter ses égratignures
il apprend le langage des plaies
dans les griffures un labyrinthe
puis les eaux se rassemblent
en un mot une porte rien
de grave il vivra très vieux

quel amour pour marcher
il a lu tous les livres elle
ne craint aucun mot j'ai
leurs voix pour traverser
les foules où il faut vivre
vois comme j'avance moi
qui ne sais plus danser bien sûr que je t'écoute
tous les autres c'est toi
les tremblements de terre la musique
c'est toi le lilas et la nuit de l'oiseau
en pleine face le jour où j'ai vieilli
il n'y avait que toi pour cueillir
le poison sur mes tempes
l'aube et ton cri seulement
pour refaire mon visage depuis
j'ai appris des mots rares

il y a des survivants n'est-ce pas
cette phrase interminable un corps étiré
petit poème en loques tu regardes
l'enfance du monde dans la gueule
des chiens un pauvre sourire des chiens
et de la neige comme dans les livres
où on s'aimait il y a aussi le vent
et des répliques nouvelles toujours
belles jamais sales des formules sacrées
dans les arbres forêt de cathédrales
pour reconstruire la beauté sans nous

dis-moi quand tu creuses la nuit
à genoux dans la rouille récoltes
vieux départs et promesses fossiles
combien d'années frôles-tu vers qui
tu rampes quel soleil en croix
et pourquoi il ne pleut pas
sur le poème que tu caches


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