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VANCOUVER (p. 2)
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LA THÉORIE « PAUVRE C.-B., JOYEUSE VANCOUVER »
Qu'arrive-t-il quand on élabore une variété de culture au rendement amélioré ou qu'une découverte scientifique nous permet de fabriquer des poutres de toiture à partir de sciure de bois recyclée plutôt que de grands arbres ? Les baisses de prix et les camions pleins de profits passent des producteurs ruraux de matières premières aux consommateurs, aux actionnaires et aux technocrates de la ville. C'est partout la même histoire depuis la révolution industrielle, mais nulle part ailleurs la transition n'a été aussi radicale qu'en Colombie-Britannique, qui a longtemps maintenu au Canada son statut de province la plus influente grâce aux salaires élevés de ses travailleuses et travailleurs de la forêt, des pêches et des mines. Ces trois industries ayant périclité depuis quelques années, il n'est pas étonnant que 49 % des Britanno-Colombiens de l'extérieur de la région métropolitaine de Vancouver se soient appauvris. Et que nous, les 51 % qui avons la chance de vivre dans une ville à l'économie très diversifiée, soyons résistants, malgré ce que laissent supposer les statistiques provinciales.
LA THÉORIE DU CHAMP DE MARI
Des habitants de plusieurs collectivités de la Colombie-Britannique déclarent qu'à peu près tous leurs voisins font dans la culture de la marijuana, ce que ne réfutent pas les sobres fonctionnaires. Quels revenus génère cette industrie illicite ? Personne ne le sait vraiment, mais les estimations récentes varient de deux à huit milliards de dollars par an. Quelle part de ce chiffre d'affaires figure dans le PIB ? Ça, on le sait : trois fois rien. Si on ajoute à cela le produit d'autres crimes (Vancouver est célèbre pour ses manipulateurs boursiers et ses maisons de courtage douteuses), il est raisonnable de penser que la part de notre activité économique qui reste dans l'ombre est plus grande que partout ailleurs au Canada. Du coup, la raison pour laquelle les Vancouvérois vivent si bien perd de son mystère.
LA THÉORIE DE L'ENTREPÔT
Évidemment, la santé apparente de Vancouver ne vient pas que des bouffées de pot et des lignes de coke. Dans un monde postmoderne, c'est dans la mise en marché et la distribution qu'il y a vraiment de l'argent à faire ; or, Vancouver a justement l'un des plus grands ports du monde, sans compter son aéroport qui est un point de départ majeur vers l'Asie. De plus, beaucoup de nos riches immigrants ont seulement l'air de passer leur temps sur les verts. Le soir venu, lorsque les planchers d'usine et les parquets boursiers s'animent à Séoul ou à Hong Kong, eux sont à la maison à travailler au téléphone ou au clavier. Nos tours d'habitation et nos villas toscanes paraissent surpeuplées de banquiers marchands, ces mystérieux intermédiaires dont le travail consiste à présenter ceux qui ont de l'argent à investir à ceux qui recherchent des investisseurs. Ni l'un ni l'autre n'habitent peut-être Vancouver, mais de toute façon, à la conclusion de l'entente, c'est ici qu'aboutissent les points et demi de pourcentage réservés à l'intermédiaire.
LA THÉORIE DU PARC D'AMUSEMENT POUR ADULTES
Comme je le mentionnais, nous n'avons aucune idée de ce qu'il en est exactement de nos voisins d'à côté, mais nous supposons qu'ils voient leur propriété comme une sorte de chalet d'été : les plages et les bateaux à proximité, les bons restaurants, les sports d'hiver et les beaux paysages, l'aspect culturel (si on y est sensible), et bien sûr le style de vie de la côte Ouest. Si des enfants pouvaient s'installer à Disneyland, ils le feraient ; même chose pour les adultes. Naguère, c'étaient les autres Canadiens qui considéraient Vancouver comme la terre promise ; aujourd'hui, malheureusement, la plupart ne peuvent plus se payer qu'une visite. Vous savez ce que c'est : juste comme l'invasion asiatique commençait à décliner, des Américains pressés de dépenser leurs dollars surévalués ont pris la place. Les agents immobiliers affirment que près du quart des appartements en copropriété de luxe érigés au centre de la ville sont achetés par des Américains qui y voient une échappatoire pour le week-end, un refuge ou une future maison de retraite. Quand un de mes amis a voulu vendre son humble propriété de un million de dollars, deux des trois offres d'achat sont venues de ressortissants américains. Celui qui l'a emporté est un économiste de Seattle qui, n'aimant pas la tournure des événements dans son pays, prévoit prendre sa retraite au nord de la frontière.
Les autres Canadiens qui entendent ce genre d'histoire tendent à hocher la tête en signe d'impuissance. Tant pis pour leurs propres rêves d'un pays de Cocagne. Quant à la pauvre ville de Vancouver, quel moteur économique peut-elle espérer pour l'avenir ? De nouvelles percées dans le développement immobilier des maisons de repos haut de gamme ?
À vrai dire, tout cela m'inquiète parfois. Mais je me dis que si les personnes âgées en bonne santé affluent par ici, il doit bien y avoir une raison. Et d'autres commencent à les rejoindre, des gens plus jeunes et plus aventureux, comme nos voisins. Au fait, il y a déjà plusieurs semaines qu'ils sont arrivés et on dirait qu'ils vont rester pour de bon. Jusqu'ici, tout baigne. Le jardin est toujours aussi bien entretenu et la maison a fière allure. Et s'ils nous demandent de modérer un peu les soirées de ska, ça ne sera pas plus mal. [ ]
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