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VANCOUVER : La métropole de l'Ouest expliquée
La cité britanno-colombienne est singulière. D'accord, mais pourquoi? Jim Sutherland a quelques théories à ce sujet. Cinq, pour être précis.

Texte: JIM SUTHERLAND

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Nous aimons nos voisins. Leur terrain est magnifiquement aménagé et entretenu. Leur propriété jette l'éclat doré de sa valeur ajoutée sur notre modeste projet de mise en valeur, de l'autre côté de la clôture. Qui plus est, jamais ils ne font de bruit ni ne se plaignent des soirées de ska organisées par nos ados.

Évidemment, c'est facile d'être un voisin parfait quand on n'est jamais là. Les gens d'à côté passent environ 50 semaines par année quelque part en Asie. Où exactement, je ne saurais dire : nous ne les avons jamais rencontrés. À Vancouver, ça n'a rien d'inhabituel. Ce n'est qu'une variante parmi d'autres du phénomène des « astronautes » auquel on finit par s'habituer quand on vit dans l'une des premières villes du monde postindustriel.

L'arrivée ici de ces astronautes semble coïncider avec celle de la présumée société des loisirs, vers 1990. C'est à cette époque que des observateurs perspicaces ont remarqué que Vancouver avait mis au rancart tous les vestiges de la drave, des saumoneries et des fabriques d'antan. On prophétisait que la planète allait entrer dans une ère où la fabrication perdrait tout son attrait au profit de la distribution et de la vente. Mais la ville-terminus est entrée avant tout le monde dans cette nouvelle ère.

Nous étions assez fiers de ce statut d'« adoptant précoce » jusqu'à ce qu'une poignée d'experts commencent à raconter que notre ville traînait économiquement de la patte par rapport au reste du pays. La nouvelle a suscité débats et hochements de tête. Notre propension à dépenser plus de 50 000 $ pour l'achat d'une voiture dépasse de moitié celle des autres Canadiens. Nous payons notre maison plus du double ou du triple du montant investi par la plupart des autres propriétaires canadiens. Et nous persistons : les ventes de maisons ont presque doublé l'an dernier et les milliers d'appartements en copropriété actuellement en chantier sont vendus jusqu'en 2004, même s'ils vont chercher dans les 4 000 $ le mètre carré. Même pour le nettoyage à sec, nous dépensons plus que les résidants de toute autre ville. Mieux encore, les statistiques nous dépeignent comme les consommateurs les plus dépensiers au Canada, alors que nous nous classons dans la moyenne sur le plan des revenus. Les comptables appellent ce genre de bilan un début de faillite.

C'est du moins l'image que se font de nous l'ambitieux Calgarien ou la Torontoise sérieuse jusqu'à leur arrivée ici, où ils observent une forêt de grues de chantier comme ils n'en n'ont jamais vu et cherchent à comprendre. Est-ce là une ville qui en arrache, comme la décrivent les statistiques, ou une métropole en plein essor, comme le voient leurs yeux écarquillés ? Quand on parle du statut économique de Vancouver, il n'y a pas de vérité, seulement des théories.

LA THÉORIE DU RICHE IMMIGRANT

Il y a deux choses que les Canadiens savent des immigrants. La première, c'est que la grande majorité d'entre eux finissent par s'établir à Toronto ou à Vancouver. L'autre, c'est que quiconque est prêt à se déraciner et à déménager à l'autre bout du monde est flexible et énergique et a d'excellentes habitudes de travail qui lui permettent de surmonter tout handicap associé à ses origines. Une récente conversation avec un autre voisin, un banquier à la retraite originaire de Hong Kong, confirme certains soupçons. En effet, reconnaît-il, Toronto draine les professionnels instruits, les gens d'affaires ambitieux et les personnes industrieuses à la recherche d'une vie meilleure pour leurs enfants. Mais une autre cohorte importante, regroupant des gens qui ont vendu leur appartement pour des millions et à qui leurs options d'achat d'actions et une pension dans les six chiffres permettent ensuite de prendre une retraite anticipée, met en bloc le cap sur Vancouver. Le Canada n'est peut-être pas le refuge de premier choix, mais s'il faut s'y installer, autant profiter d'un beau paysage et s'adonner au golf à l'année. Ce scénario n'est pas typiquement asiatique. Il y a belle lurette que des vagues de ploutocrates venus d'Iran, d'Afrique du Sud et d'ailleurs ont acheté fronts de mer et flancs de montagnes. Il va sans dire que tout cela entraîne des conséquences pour la « Ville qui ne travaille jamais ». Est-ce que ces riches immigrants veillent scrupuleusement à ce que leur nom et leurs revenus de toute provenance apparaissent dans les livres de Statistique Canada ?

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