 |

TOURNER LES COINS RONDS (p. 3)
1 | 2 | 3 | AOÛT 03
La liste des réalisations auxquelles la firme de Cardinal a participé depuis 1998 reste impressionnante : des bureaux de conseil de bande, des casinos autochtones, des écoles de réserve et le spectaculaire Saskatchewan Indian Federated College, inauguré sous les acclamations au début de l'été. Certains critiques accusent Cardinal d'avoir joué sur son ascendance autochtone pour trouver du travail, mais il estime avoir payé le tribut à son patrimoine durant ses premiers mandats. « On me relègue au rôle d'"architecte autochtone". Les gens ont du mal à accepter que je sois un architecte organique et, simplement de naissance, un Autochtone. »
Si certains architectes aux ancêtres autochtones ont ouvert des bureaux florissants en exploitant un symbolisme aborigène superficiel, Cardinal dénonce les pastiches postmodernes qui en résultent comme relevant du « folklore ».
On a souvent critiqué Cardinal pour la faiblesse de ses intérieurs. Mais la conception de l'intérieur du NMAI est magnifique, avec son intégration parfaite de l'éclairage, des vitrines et des uvres de commande, qui manquait au musée de Gatineau. Même des architectes de pointe comme le Berlinois Daniel Libeskind (qui restaure actuellement le ROM de Toronto et le site du World Trade Center) préfèrent souvent s'associer à des firmes supérieures sur le plan technique. Il n'y a pas de honte pour un architecte à s'entourer de collaborateurs ; ce qui est honteux, c'est peut-être l'insistance obstinée de Cardinal à tout concevoir lui-même, un geste d'arrogance qui, dans toute cette triste affaire, allait s'avérer fatal.
Pour Cardinal, l'époque des colliers à griffes d'ours et des blocus sur les dessins architecturaux est loin derrière, et il a peut-être trouvé une façon d'être fidèle à ses principes en évitant les conflits autodestructeurs. « J'avais une attitude antagoniste. Fini le guerrier », déclare maintenant Cardinal. Il a troqué ses mocassins pour des complets sur mesure et sa rage pour la raison.
Installé dans sa maison louée en bardeaux blancs, juste en amont d'Ottawa, il attribue sa paix intérieure à sa famille et à son nouveau guide spirituel, William Commanda, un vieil Algonquin natif des environs de Maniwaki, au Québec. « Les anciens prêchent par l'exemple. Ils traitent chacun avec honneur et respect », rappelle Cardinal. C'est avec ces mêmes critères que les pairs de Cardinal et l'Histoire devraient le juger. À voir la rumeur qui circule déjà autour du NMAI à Washington et à New York, le verdict sera résolument positif.
Même quand je lui demande son avis sur James Stewart Polshek, je constate que le calme nouveau de Cardinal ne se dément pas. « Je remercie Polshek et le Smithsonian de l'humilité qu'ils m'ont donnée... C'était la meilleure chose qui pouvait m'arriver. Cela m'a appris le vrai pardon. »
Ces mots que Cardinal emploie pour décrire sa nouvelle vie pourraient s'appliquer à son uvre la plus récente. Selon Cardinal, elle est « plus belle et plus vraie » que jamais. [ ]
VOS COMMENTAIRES > lettres@enroutemag.net
1 | 2 | 3 | AOÛT 03
|
|